Publié le 1er juin 2028
12 min de lecture
OCEV-SABRA · certificat Low-COV
Air intérieur · Santé · Matériaux
Mise à jour juin 2026
Matériaux sains et dispositif THQMAT : la troisième dimension, à côté du carbone et de l'énergie
On parle beaucoup de performance énergétique (HPE/THPE) et d'empreinte carbone (LCI art. 117–118). Il existe une troisième exigence, distincte, que portent les occupants : la santé de l'air qu'ils respirent. À Genève, le dispositif THQMAT — très haute qualité des matériaux, de l'air intérieur et des techniques constructives — donne un cadre concret pour choisir des matériaux sains et valoriser le résultat par le certificat Low-COV. Ce dossier explique ce qu'est THQMAT, comment l'utiliser, et comment il s'articule avec les obligations énergétiques et carbone.
01 — Origine et logique
THQMAT : un dispositif genevois pour construire sainement
THQMAT signifie très haute qualité des matériaux, de l'air intérieur et des techniques constructives. Ce n'est ni un label commercial, ni une loi, ni un cadre légal ou normatif : c'est un dispositif non contraignant d'accompagnement et d'aide à la décision, créé par le service de l'air, du bruit et des rayonnements non ionisants (OCEV-SABRA) de l'office cantonal de l'environnement de l'État de Genève. Il est là pour aider les professionnels — maîtres d'ouvrage, architectes, ingénieurs, artisans, entreprises — à choisir des matériaux et des techniques qui préservent la qualité de l'air intérieur des logements et des lieux de vie, et non pour leur imposer un cadre.
Le dispositif est né d'une consultation menée auprès des professionnels et répond à la mesure « Anticiper et réduire les risques » du Plan de mesures cantonal des substances dangereuses dans l'environnement bâti. Un groupe de travail de cinq experts — architecture, construction durable, matériaux sains, qualité de l'air intérieur — en a défini le contenu. Son objectif : réduire l'usage des matériaux et produits nocifs, c'est-à-dire ceux qui contiennent ou émettent des substances dangereuses ou préoccupantes dans l'air que l'on respire.
Trois logiques distinctes — à ne pas confondre
À Genève, trois cadres coexistent et se complètent sans se recouvrir :
- THQMAT (OCEV-SABRA) → santé : qualité de l'air intérieur, matériaux sains. Volontaire.
- HPE / THPE (LEn L 2 30, REn) → énergie d'exploitation : besoins de chaleur, sortie du fossile. Obligatoire selon les cas.
- LCI art. 117–118 → carbone / énergie grise : réemploi, empreinte des matériaux sur le cycle de vie.
Un même matériau peut bien se comporter sur un axe et mal sur un autre : un isolant peut être bas carbone et émettre des COV. THQMAT traite spécifiquement l'axe santé.
Ce que THQMAT met à disposition
Un référentiel
Recommandations sur le choix des matériaux sains dans la construction — la colonne vertébrale du dispositif.
Une charte d'engagement
Signée par le maître d'ouvrage en amont du projet : elle formalise la volonté de construire sainement.
Le certificat Low-COV
Reconnaissance délivrée en fin de chantier si les analyses de l'air intérieur répondent aux exigences du dispositif.
Des fiches pratiques
« Habitat sain : quels matériaux choisir ? » — et des fiches substances dangereuses & santé.
Formation & réseau d'experts
Formation continue (HEPIA), réseau professionnel d'experts et événements ponctuels.
Une ligne support
Réservée aux professionnels genevois — des experts SABRA répondent (jeudi 14 h–16 h, ou par courriel).
Volontaire aujourd'hui — mais une longueur d'avance
THQMAT n'est pas imposé par la loi. L'État le présente toutefois comme un moyen « d'anticiper d'éventuelles évolutions de la législation ». Pour un maître d'ouvrage, s'engager dans la démarche, c'est sécuriser la valeur et la salubrité de son bien — et se préparer à un durcissement probable des exigences sur les substances dangereuses dans le bâti.
02 — Le choix des matériaux
Six familles de bons réflexes
Le référentiel THQMAT ne dresse pas une liste blanche/noire figée — il donne des principes de choix, applicables paroi par paroi et lot par lot. L'idée directrice : privilégier ce qui émet peu, ce qui est peu transformé, et ce qui est local.
1
Matériaux à très faibles émissions
Métal, verre, béton, terre, pierre, plâtre, carrelage, céramique — des matériaux minéraux ou inertes qui ne relâchent quasiment rien dans l'air intérieur.
2
Matériaux biosourcés
Bois massif, lin, paille, osier, linoléum… Des ressources renouvelables qui cumulent souvent faibles émissions et faible empreinte carbone.
3
Matériaux peu ou non transformés
Éviter les composites et les produits synthétiques : plus un matériau est transformé et assemblé chimiquement, plus le risque d'émissions augmente.
4
Matériaux locaux ou régionaux
Éviter les matières venues d'autres continents (fibres de coco, coton, bois exotiques) — pour le transport, mais aussi pour la traçabilité des traitements appliqués.
5
Matériaux labellisés sains
S'appuyer sur les labels Produits et les labels Émissions QAI (qualité de l'air intérieur), qui attestent des niveaux d'émission mesurés.
6
Matériaux non traités aux pesticides
Éviter herbicides, fongicides et insecticides — particulièrement pour les matériaux biosourcés, dont l'avantage santé serait sinon annulé par les traitements.
Les substances que THQMAT cherche à écarter
Le dispositif identifie huit familles de substances dangereuses ou préoccupantes pour l'air intérieur et la santé — détaillées dans les fiches « substances & santé ». On y retrouve notamment : composés organiques volatils (COV), formaldéhyde, composés halogénés, métaux lourds, nanoparticules et fibres, perturbateurs endocriniens, substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR). Le diagnostic amiante / plomb / PCB reste par ailleurs obligatoire avant toute rénovation ou démolition d'un bâtiment ancien.
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03 — La mise en œuvre
Des techniques constructives durables, pas seulement de bons matériaux
THQMAT insiste sur un point que les listes de matériaux oublient souvent : la manière de mettre en œuvre compte autant que le produit. Un matériau sain mal assemblé — noyé dans la colle, projeté en mousse, rendu indémontable — perd une partie de ses qualités, devient un déchet en fin de vie, et complique tout réemploi futur.
Limiter les matériaux hybrides
Mise en œuvre optimisée des produits standards, sans colle ou avec un collage minimal et ponctuel. Éviter la création de matériaux hybrides par collage ou projection de mousses synthétiques sur des structures bois ou minérales.
Construction réversible
Faciliter les transformations du bâti et le désassemblage des composants : on prolonge la durée de vie du bâtiment, on facilite réparations, réutilisations et réemplois. C'est le pont direct avec la démarche réemploi (LCI art. 117).
Low-tech
Limiter les asservissements technologiques et les systèmes exigeant beaucoup de maintenance (pannes, obsolescence) ; privilégier les systèmes robustes et éprouvés.
Aération & ventilation de qualité
Aération naturelle selon SIA 180:2014 ; ventilation de qualité selon SIA 382/1, avec contrôle après installation et entretien sur la durée. Bonnes pratiques anti-radon.
Concevoir réversible, c'est traiter le bâtiment comme une banque de matériaux plutôt qu'un futur tas de gravats. La santé d'aujourd'hui et le réemploi de demain se décident au même moment : sur la planche à dessin.
04 — S'engager et valoriser
De la charte d'engagement au certificat Low-COV
La démarche se déroule en deux temps : on s'engage en amont, on valorise en aval. Entre les deux, c'est la qualité des choix et de l'exécution qui fait la différence — pas une déclaration d'intention.
Étape 1 — En amont
Signer la charte d'engagement THQMAT
Le maître d'ouvrage formalise son engagement à construire ou rénover avec des matériaux sains. C'est le moment d'inscrire les exigences dans les cahiers des charges des différents lots, pendant qu'on peut encore agir sur les prescriptions.
Étape 2 — Pendant le chantier
Prescrire, vérifier, documenter
Choix des matériaux selon le référentiel, suivi des produits réellement posés, vigilance sur les colles, peintures, vernis et traitements. L'accompagnement de la ligne support et du réseau d'experts SABRA aide à trancher les cas concrets.
Étape 3 — En fin de chantier
Mesurer l'air et obtenir le certificat Low-COV
Des analyses de la qualité de l'air intérieur sont réalisées. Si les résultats répondent aux exigences du dispositif, le bâtiment obtient le certificat Low-COV. L'État peut prendre en charge les analyses, sur demande via un formulaire dédié.
Low-COV : une mesure, pas une promesse
La force du certificat Low-COV est qu'il repose sur une mesure de l'air intérieur en fin de travaux — pas sur une simple liste de matériaux annoncés. C'est une preuve objective de salubrité, opposable et valorisable auprès des occupants, locataires ou acquéreurs.
05 — Cohérence d'ensemble
Santé, carbone, énergie : trois axes, une seule conception
THQMAT ne remplace pas les autres exigences — il complète une vue d'ensemble. Le réflexe gagnant est de penser les trois axes ensemble dès l'avant-projet, plutôt que d'optimiser l'un au détriment des autres.
| Cadre | Ce qu'il vise | Porté par | Statut |
| THQMAT | Santé / qualité de l'air intérieur | OCEV-SABRA (environnement) | Volontaire |
| LCI art. 117–118 | Réemploi & empreinte carbone des matériaux | OCEN / OCBA | Légal (seuils en cadrage) |
| HPE / THPE | Performance énergétique d'exploitation | LEn L 2 30 / REn | Obligatoire selon cas |
Les points de convergence
Les trois logiques se rejoignent plus souvent qu'elles ne s'opposent. Un matériau biosourcé non traité est généralement sain et bas carbone. La construction réversible prônée par THQMAT est exactement ce qui rend le réemploi possible demain (art. 117). Et un bâtiment bien ventilé (SIA 382/1) sert à la fois la qualité de l'air et la performance énergétique. La vigilance porte sur les rares arbitrages : viser une très haute performance énergétique peut pousser vers des isolants synthétiques performants mais émissifs et carbonés — c'est là que le regard santé et le regard carbone doivent recadrer le choix.
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06 — Retour terrain
Carouge 87 : matériaux sains et air intérieur certifié
Le chantier Carouge 87 (immeuble de 1910, 26 appartements, géré par Pilet & Renaud) est connu comme le premier chantier zéro déchet du canton. Il est aussi le projet pilote de la certification Low-COV à Genève : la démarche matériaux sains y a été coordonnée avec SABRA, formalisée par la charte THQMAT, et couronnée par le tout premier certificat Low-COV délivré dans le canton. NRG positive a eu la responsabilité de suivre et piloter ce projet pilote.
COV 0 %
Peintures à eau sans COV, conformes Minergie-ECO / LEED / DGNB
Charte THQMAT
Signée à la réception (décembre 2022), coordination avec SABRA
1er Low-COV
Tout premier certificat Low-COV du canton (mars 2023) — projet pilote
Bois suisse
Cuisines et menuiseries en bois exclusivement suisse ; colles minérales
Les choix concrets côté santé
Au-delà du volet déchets, le projet a systématisé les réflexes THQMAT : peintures à eau sans COV, varovlies préencollés à colle à eau (qui ont supprimé une cinquantaine de bidons de colle solvantée), colles minérales pour les carrelages, bois suisse non traité, et limitation des matériaux hybrides. La logique réversible — désassemblage facilité, réparation plutôt que remplacement — a servi simultanément le zéro déchet et la qualité de l'air.
Un même geste sert souvent deux objectifs : la colle à eau supprime des déchets dangereux et assainit l'air intérieur. C'est la marque d'une conception cohérente — pas d'une accumulation de cases à cocher.
07 — Questions des maîtres d'ouvrage
Les questions fréquentes des maîtres d'ouvrage et de leurs AMO
THQMAT est-il obligatoire à Genève ?
Non. C'est une démarche volontaire d'accompagnement portée par le service de l'air, du bruit et des rayonnements non ionisants (OCEV-SABRA). Elle n'impose pas de contrainte légale, mais l'État la présente comme un moyen d'anticiper d'éventuelles évolutions de la législation sur les substances dangereuses dans le bâti. À distinguer des obligations énergétiques (HPE/THPE) et carbone (LCI art. 117–118), qui ont, elles, une portée légale.
Quelle différence entre THQMAT, HPE/THPE et la LCI art. 117 ?
Trois objectifs différents. THQMAT vise la santé (qualité de l'air intérieur, matériaux sains). Les labels HPE/THPE visent la performance énergétique d'exploitation (besoins de chaleur, sortie du fossile) et relèvent de la loi sur l'énergie (LEn L 2 30). La LCI art. 117–118 vise l'empreinte carbone des matériaux et le réemploi. Les trois sont complémentaires : l'idéal est de les optimiser ensemble dès la conception.
Combien coûte le certificat Low-COV ?
Le coût principal tient aux analyses de la qualité de l'air intérieur réalisées en fin de chantier. L'État de Genève peut en prendre en charge le coût, sur demande via un formulaire dédié (« demande de prise en charge des analyses en vue du certificat Low-COV »). Le protocole d'obtention et le formulaire sont publiés sur ge.ch. Le reste de l'effort est surtout un effort de prescription et de rigueur d'exécution, pas une dépense supplémentaire majeure.
Matériaux sains et performance énergétique sont-ils compatibles ?
Largement, oui. Les isolants biosourcés (fibre de bois, ouate de cellulose, liège) sont à la fois sains, bas carbone et thermiquement performants, avec un excellent déphasage pour le confort d'été. Le point de vigilance concerne certains isolants synthétiques très performants au plan thermique mais plus émissifs et carbonés : c'est là que le regard santé recadre le choix. Le bon arbitrage se fait paroi par paroi, en tenant compte des contraintes feu et humidité.
Et hors du canton de Genève ?
THQMAT est un dispositif genevois. Ailleurs en Suisse romande, on s'appuie sur le label Minergie-ECO (qui intègre santé et écologie des matériaux) et sur les labels Émissions QAI des produits. En France voisine, l'étiquette obligatoire d'émissions de COV des produits de construction (classes A+ à C) joue un rôle comparable. Les principes de choix THQMAT — peu transformé, biosourcé, local, non traité — restent transposables partout. Parlez-nous de votre projet →
Construire sain, performant et bas carbone — en une seule logique
Prescription des matériaux, charte THQMAT, préparation du certificat Low-COV, cohérence avec les exigences énergétiques et carbone : accompagnement conseil et AMO de l'avant-projet à la réception.
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