Publié le 1er janvier 2027 15 min de lecture SIA 380/1 · KBOB · EN 13501 Toiture · Façade · Sol Mise à jour juin 2026

Choisir un isolant par le calcul, pas par catalogue

Un isolant ne se choisit pas dans un catalogue — il se dimensionne. Ce dossier vous donne les clés pour comparer les matériaux sur ce qui compte réellement : conductivité λ, comportement à l'humidité, énergie grise KBOB, résistance au feu, usage par composant et déphasage thermique. Biosourcés, minéraux et synthétiques, sans hiérarchie dogmatique.

Dans ce dossier

λ et épaisseur : la seule grandeur intrinsèque

La conductivité thermique λ (lambda) exprime la quantité de chaleur traversant 1 m² de matériau d'1 m d'épaisseur pour 1 kelvin d'écart de température. Plus λ est bas, meilleur est l'isolant. La plupart des produits courants se situent entre 0,020 et 0,055 W/(m·K). Mais λ ne dit rien sur l'humidité, le feu, l'énergie grise ou la durabilité — des critères tout aussi déterminants.

λD vs λB — valeur déclarée et valeur de calcul Le fabricant déclare λD selon EN ISO 10456, mesuré à 10 °C sur matériau sec. Pour le calcul réglementaire, on utilise λB (ou λ de calcul), qui intègre un coefficient d'usage — humidité, vieillissement, tolérance de production. En pratique, λB ≥ λD. Toujours vérifier lequel est utilisé dans un rapport de calcul.

De λ à la résistance R et au coefficient U

R [m²·K/W] = épaisseur e [m] / λ [W/(m·K)]
U [W/(m²·K)] = 1 / Σ(Rcouches + Rsi + Rse)

Pour atteindre U = 0,15 W/(m²·K) (cible Minergie-P / EnerPHit) avec une laine de roche λ = 0,036 W/(m·K), il faut environ 230 mm d'isolant seul. Avec du PUR λ = 0,022 W/(m·K), 140 mm suffisent — pertinent lorsque l'épaisseur est contrainte (toiture plate existante, paroi mitoyenne).

0,022
W/(m·K) — λD du PUR/PIR rigide, le plus performant des isolants courants
0,038–0,042
W/(m·K) — plage typique des biosourcés (ouate, fibre de bois, chanvre)
+15 %
d'écart possible entre λD et λB selon les conditions d'usage réelles
÷ 2
rapport d'épaisseur entre PUR et ouate pour un même U cible

Valeurs λD courantes — marché suisse et français

Matériau Famille λD [W/(m·K)] Remarque
PUR/PIR rigideSynthétique0,022–0,025Plus compact du marché
EPS graphité (gris)Synthétique0,030–0,033Toiture, ETICS
XPSSynthétique0,030–0,036Sol inversé, fondations
Laine de verre haute densitéMinéral0,030–0,036Comble, façade ventilée
Laine de rocheMinéral0,033–0,040Feu A1/A2, usage universel
EPS blanc standardSynthétique0,036–0,040ETICS courant
Laine de moutonBiosourcé0,036–0,040Ossature bois
Ouate de celluloseBiosourcé0,038–0,042Soufflée ou en nattes
Fibre de bois (vrac)Biosourcé0,038–0,042Comble soufflé
ChanvreBiosourcé0,040–0,045Ossature, ITI
Fibre de bois (panneau rigide)Biosourcé0,040–0,050Déphasage excellent
Liège expansé (ICB)Biosourcé0,040–0,050Sol, toiture, façade
Mousse de verre (Foamglas)Minéral0,038–0,050Fondations, pare-vapeur intégré

Sources : fiches DTA/ETA fabricants, EN ISO 10456, CSTB, EMPA. λD à 10 °C, matériau sec. Toujours vérifier le λB (valeur de calcul) pour votre contexte.

Comportement à l'humidité : hygroscopicité et séchage

L'humidité dégrade toujours la performance thermique : un isolant humide conduit mieux que le même isolant sec. Mais tous les matériaux ne réagissent pas de la même façon — et certains se ressèchent bien mieux que d'autres.

Un convecteur de seulement 1 mm² à 10 Pa transporte en une heure autant de vapeur d'eau qu'un m² de membrane frein-vapeur en diffusion pendant toute une année. L'étanchéité à l'air prime sur la résistance à la diffusion de vapeur.

Facteur μ — résistance à la diffusion de vapeur

Le facteur μ exprime la résistance d'un matériau à la diffusion de vapeur par rapport à l'air (μ = 1). μ = 100 signifie 100 fois plus résistant que l'air. Il conditionne le choix et la position du pare-vapeur ou frein-vapeur dans la paroi.

MatériauμComportement eauPare-vapeur requis
Mousse de verre∞ (étanche)ImperméableFait office de pare-vapeur
XPS80–250Très hydrophobeFrein-vapeur puissant intégré
EPS30–70HydrophobeFrein-vapeur modéré
PUR/PIR30–100HydrophobeFrein-vapeur modéré à fort
Laine de roche / verre1–2Hydrophobe (traitement silicone)Pare-vapeur séparé requis
Ouate de cellulose1–3HygroscopiqueFrein-vapeur hygrovariable
Fibre de bois (panneau)2–10HygroscopiqueFrein-vapeur hygrovariable
Chanvre / laine de mouton1–5HygroscopiqueFrein-vapeur hygrovariable

Vérification hygrothermique selon SIA 180:2014

La SIA 180:2014 distingue deux approches de vérification : le calcul de Glaser (statique, mensuel) et le calcul dynamique (WUFI ou équivalent, horaire). Le calcul Glaser seul est insuffisant pour les parois bois ou les matériaux hygroscopiques : il ne modélise pas la redistribution de l'humidité. La SIA 180 exige le calcul dynamique dans ces cas.

ITI sur maçonnerie ancienne — vigilance particulière Toute isolation par l'intérieur sur maçonnerie calcaire ou brique (mur existant humide, capillarité active) requiert un calcul hygrothermique dynamique. Sans ce calcul, le risque de condensation interstielle et de pourrissement des éléments bois est réel. Le frein-vapeur hygrovariable seul ne suffit pas si la physique de la paroi n'est pas vérifiée.
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Énergie grise : la base KBOB et ce qu'elle dit

L'énergie grise des isolants est souvent sous-estimée : un matériau léger peut mobiliser beaucoup d'énergie à la fabrication. La base KBOB (Suisse) et la base INIES (France) permettent de comparer les matériaux sur leur impact environnemental de cycle de vie.

La base de données KBOB (Koordinationskonferenz der Bau- und Liegenschaftsorgane, publiée avec l'EMPA) recense les indicateurs d'énergie grise et d'émissions CO₂ de plus de 200 matériaux selon EN ISO 14040/14044. Elle est la référence dans les cantons suisses — notamment à Genève dans le cadre de la LCI art. 117–118. Deux indicateurs sont utiles pour comparer les isolants : PENRT (énergie primaire non-renouvelable, MJ/kg) et GWP (émissions GES, kg CO₂-éq/kg).

Attention : comparer au kg est trompeur Les densités des isolants varient de 10 à 220 kg/m³. Comparer EPS (15 kg/m³) et fibre de bois (160 kg/m³) au kg/kg est absurde. La comparaison pertinente est en MJ/m² de paroi pour une résistance thermique R équivalente — soit la quantité d'isolant réellement mise en œuvre.
MatériauFamillePENRT [MJ/kg]GWP [kg CO₂/kg]Densité [kg/m³]
Ouate de celluloseBiosourcé5–100,0–0,130–65
ChanvreBiosourcé5–12−0,5 à 0,125–50
Fibre de bois (vrac)Biosourcé5–12−0,8 à 0,040–70
Fibre de bois (panneau)Biosourcé10–20−0,5 à 0,2120–240
Liège expanséBiosourcé10–20−0,3 à 0,2100–180
Laine de moutonBiosourcé10–200,1–0,520–40
Laine de verreMinéral15–251,0–2,010–80
Mousse de verreMinéral10–200,5–1,5100–165
Laine de rocheMinéral20–351,5–2,530–200
EPS blancSynthétique80–1002,5–4,015–30
EPS graphitéSynthétique90–1103,0–4,514–25
XPSSynthétique100–1203,5–6,025–45
PUR/PIRSynthétique90–1203,5–5,028–60

Valeurs indicatives KBOB 2016–2022 et Écobilan EMPA. GWP négatif = stockage carbone biogénique supérieur aux émissions de production. À vérifier contre la version KBOB en vigueur sur kbob.admin.ch.

LCI art. 117–118 à Genève : un cadre légal pour les matériaux L'art. 117 LCI impose une hiérarchie : réemploi en priorité, puis matériaux recyclés ou à faible empreinte carbone. L'art. 118 impose le bilan GES cycle de vie — seuils non encore fixés par le Conseil d'État (état juin 2026), mais la méthodologie KBOB est la référence attendue. Tout dossier de permis à Genève intégrant des matériaux à forte énergie grise devra en justifier le choix.
Au-delà du carbone : des matériaux aussi sains pour l'air intérieur Une faible énergie grise ne suffit pas : un isolant peut être bas carbone tout en émettant des COV, du formaldéhyde ou des fibres préoccupantes dans l'air intérieur. À Genève, le dispositif THQMAT (très haute qualité des matériaux, de l'air intérieur et des techniques constructives, OCEV-SABRA) oriente vers des matériaux peu transformés, biosourcés ou minéraux à faibles émissions — et valorise le résultat par le certificat Low-COV. Bonne nouvelle : choisir un isolant biosourcé ou minéral non traité coche souvent les deux cases à la fois, carbone et santé. Dispositif THQMAT sur ge.ch →
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Comportement au feu : les euroclasses en pratique

La norme EN 13501-1 définit sept euroclasses de réaction au feu, de A1 (non combustible) à F (non classé). Le choix de la classe dépend du type de bâtiment, de sa hauteur et de la position du matériau dans la paroi. À ne pas confondre avec la résistance au feu (REI) qui est une propriété de la paroi complète, pas de l'isolant seul.

ClasseIsolants concernésSuffixes clésUsage courant
A1Laine de roche haute densité, mousse de verre, perliteERP, IGH, bâtiments publics, façades ventilées réglementées
A2 – s1, d0Laine de verre, laine de roche standards1 : fumée limitéeBâtiments collectifs, usage général
B – s1, d0Certains panneaux fibre de bois ignifugésd0 : pas de gouttelettesLogements avec protection
C / DEPS et XPS ignifugés (additif FR)Sous enduit minéral ou BA13 obligatoire
E / FEPS/XPS sans traitement, biosourcés non traitésUsage très limité — protection totale requise
EPS et XPS en façade — la règle de protection En système ETICS (enduit sur isolant), l'enduit minéral forme la protection feu — EPS et XPS y sont autorisés. En façade ventilée ou en position non protégée, la laine de roche A1/A2 est obligatoire selon l'AEAI (Suisse) et les DTU / IT feu (France). En Suisse, dès 8 m de hauteur, la laine de roche est la seule option en façade ventilée.

Les suffixes précisent le comportement des fumées (s1 = nulle à faible, s2 = limitée, s3 = importante) et des gouttelettes enflammées (d0 = aucune, d1 = limitées, d2 = non classé). Pour un bâtiment ERP à Genève ou en Suisse, exiger a minima A2-s1, d0 en position non protégée.

Biosourcés, minéraux, synthétiques : choisir sans dogmatisme

Trois familles, chacune avec ses points forts et ses contraintes. Le choix pertinent dépend du contexte de pose, des contraintes réglementaires, du budget et de l'ambition environnementale — pas de la mode. Un PUR de 140 mm sur toiture plate résout une contrainte d'épaisseur que 300 mm de ouate ne peut pas traiter. Imposer de l'EPS dans une ossature bois quand la ouate fonctionne parfaitement n'a aucun sens technique ni environnemental.

Ouate · Fibre de bois · Chanvre · Liège · Laine de mouton
Points forts
Énergie grise très faible à nulle (GWP parfois négatif) · Hygroscopicité = régulation hygrométrique passive · Déphasage thermique excellent (fibre de bois, liège) · LCI art. 117 genevois favorable

Contraintes
λ moins performant (0,038–0,050) → épaisseurs plus importantes · Feu B à E selon traitement → protection requise · Frein-vapeur hygrovariable indispensable · Prix généralement supérieur aux minéraux
Laine de roche · Laine de verre · Mousse de verre · Perlite
Points forts
Feu A1/A2 — non combustibles · Laine de roche : usage universel (toiture, façade, sol en sous-face) · Stable à l'humidité (hydrophobe) · Large gamme de densités (10 à 200 kg/m³) · Prix maîtrisé

Contraintes
Énergie grise intermédiaire (laine de roche > laine de verre) · Déphasage thermique faible (cp bas, densité légère) · Mousse de verre : λ élevé mais seul choix pour fondations en contact avec le sol humide
EPS · EPS graphité · XPS · PUR/PIR
Points forts
λ très bas (PUR : 0,022) → épaisseur minimale · Hydrophobe → sol, fondations, toiture inversée · XPS : seul isolant courant résistant à l'eau en immersion permanente · Prix compétitif (EPS)

Contraintes
Énergie grise très élevée (PENRT 80–120 MJ/kg) · Feu C à E sans traitement → protection obligatoire · Déphasage quasi nul · XPS : agent d'expansion au HFC → GWP élevé
Critères de choix hiérarchisés
1. Contrainte technique
Feu, charge, eau → filtre non négociable

2. Contrainte d'épaisseur
Espace disponible → λ min requis

3. Comportement hygrique
Paroi bois / ITI → hygroscopique privilégié

4. Budget carbone
LCI art. 117 GE → biosourcés ou minéraux

Toiture, façade, sol : qui fait quoi

Chaque composant de l'enveloppe impose ses contraintes propres : charges mécaniques, exposition à l'eau, exigences feu, continuité thermique. Le bon isolant pour la toiture n'est pas forcément le bon pour le sol.

Toiture plate chaude
U ≤ 0,17 W/(m²K)
Non ventilée · Charge trafic/neige · Feu selon hauteur
PUR/PIR ou EPS haute densité en première intention. EPS convient si l'épaisseur le permet (≥ 300 mm pour U = 0,12). PUR/PIR (140–180 mm) pour les contraintes d'épaisseur. Sur bâtiments publics ou ERP à Genève (HPE/THPE obligatoire, AEAI) : laine de roche haute densité A1 (≥ 150 kg/m³).
Toiture inversée
U ≤ 0,17 W/(m²K)
XPS sous étanchéité · Eau permanente
XPS uniquement. Seul isolant courant résistant à l'eau en immersion prolongée sans dégradation de λ. Aucune alternative biosourcée ne tient dans ce contexte. Énergie grise élevée — à justifier au regard de LCI art. 117 GE.
Comble perdu soufflé
U ≤ 0,12 W/(m²K)
Non accessible · Accès limité
Ouate de cellulose soufflée : solution optimale (λ ≈ 0,040, 350–400 mm pour U ≤ 0,10, économique, énergie grise très faible). Alternative : laine de verre en vrac. Frein-vapeur hygrovariable obligatoire en sous-face avant soufflage.
ITE ETICS (≤ 8 m)
U ≤ 0,20 W/(m²K)
Enduit minéral · Feu D–B
EPS graphité standard du marché. Enduit minéral = protection feu. Pour minimiser l'énergie grise : laine de roche A2 (μ ≈ 1, séchage possible). Prix légèrement supérieur mais feu A2 sans additif.
Façade ventilée
U ≤ 0,20 W/(m²K)
Feu A1/A2 obligatoire · ≥ 8 m CH
Laine de roche A1 semi-rigide — quasi-exclusif en façade ventilée réglementée. Fibre de bois rigide envisageable pour les petits bâtiments ≤ 3 niveaux si la réglementation AEAI le permet (vérification préalable obligatoire).
ITI (ossature bois)
U ≤ 0,20 W/(m²K)
Hygrique critique · Frein-vapeur
Ouate ou fibre de bois : comportement hygrique optimal avec frein-vapeur hygrovariable (Intello, Pro Clima ou équivalent). Vérification SIA 180 dynamique obligatoire sur maçonnerie existante. Laine de roche en alternative si contrainte feu ou budget.
Sol sur terre-plein
U ≤ 0,25 W/(m²K)
Compression permanente · Humidité
EPS type T (CS[10]100) ou XPS si risque d'humidité résiduelle. Mousse de verre si contact sol humide permanent (fondations, soubassement). Liège expansé : alternative biosourcée résistante à l'humidité, mais coût élevé.
Sol sur cave non chauffée
U ≤ 0,25 W/(m²K)
Sous-face · Feu recommandé A1/A2
Laine de roche ou fibre de bois semi-rigide collée ou vissée en sous-face de plancher. Feu A1/A2 recommandé (local non chauffé, risque incendie potentiel, cave accessible). Épaisseur ≥ 200 mm pour U ≤ 0,15.

Déphasage thermique : le critère oublié de l'été

Le déphasage thermique est le temps que met le flux de chaleur solaire à traverser une paroi. Une paroi avec 10 heures de déphasage reçoit le rayonnement solaire à 14h et ne le ressent à l'intérieur qu'à minuit — quand les fenêtres sont ouvertes pour évacuer. C'est le mécanisme de confort d'été passif le plus efficace, sans aucune énergie consommée.

Le déphasage dépend de la capacité thermique massique du matériau : ρ × cp × épaisseur. Un isolant léger comme la laine de verre (ρ ≈ 20 kg/m³, cp = 800 J/(kg·K)) est thermiquement quasi transparent — il isole mais ne déphasage pas. La fibre de bois rigide (ρ ≈ 180 kg/m³, cp = 2 100 J/(kg·K)) déphasage 5 à 6 fois plus.

Matériauρ [kg/m³]cp [J/(kg·K)]Déphasage — 200 mmConfort d'été
Fibre de bois rigide160–2202 100
10–14 h
Excellent ✓✓✓
Liège expansé120–1801 800
8–12 h
Excellent ✓✓✓
Ouate de cellulose dense50–802 000
6–9 h
Bon ✓✓
Chanvre dense40–701 800
5–8 h
Bon ✓✓
Laine de roche (haute densité)100–200800
3–5 h
Faible ✗
EPS / XPS15–451 250
2–4 h
Très faible ✗✗
Laine de verre10–40800
1–3 h
Très faible ✗✗
Toiture inclinée : l'impact le plus visible Remplacer 200 mm de laine de verre par 200 mm de fibre de bois rigide sous-chevrons multiplie le déphasage par 4 à 5 — avec un λ similaire mais un confort d'été radicalement différent. En toiture plate, une couche de protection lourde (gravier, dallettes, végétalisation) compense le déphasage quasi nul du PUR.

Minergie 2026.1 exige la vérification du confort d'été avec les données météo DRY 2035 MeteoSuisse (été 2035 projeté, plus chaud). La RE2020 impose DH ≤ 1 250 degrés-heures de surchauffe (catégorie I). Ces deux approches valorisent le déphasage mais aussi la protection solaire, la ventilation nocturne et l'inertie de la structure — l'isolant seul ne suffit pas.

Valeurs U en vigueur : Genève, Suisse, France

Les valeurs U minimales sont fixées par les réglementations nationales et cantonales. Trois cadres distincts, convergents sur leurs objectifs.

Genève — LEn L 2 30, REn, LCI

HPE obligatoire pour tout bâtiment neuf privé (LEn art. 15) HPE = Minergie® (neuf) ou Minergie® Rénovation. THPE (= Minergie®-P ou -A) obligatoire pour bâtiments publics et fondations de droit public (LEn art. 16). La REn art. 12E renvoie à la SIA 380/1:2016 pour les exigences de qualité thermique. Bonus COS (LCI art. 59) : HPE → +2,5 %, THPE → +5 %. Subventions SIG pour les rénovations HPE/THPE : sig-ge.ch.

La LCI art. 117 impose la hiérarchie réemploi → recyclé → faible empreinte carbone pour tout permis de construire. La LCI art. 118 impose le bilan GES cycle de vie des matériaux — seuils non encore fixés (état juin 2026), mais la méthodologie KBOB est celle attendue par l'OCEN et l'OCBA.

Valeurs U de référence — SIA 380/1:2016 / MoPEC 2025

ComposantLimite rénovationCible Minergie-P neufCible PHI / EnerPHit
Mur extérieur≤ 0,20 W/(m²K)≈ 0,12–0,15≤ 0,15
Toit / comble froid≤ 0,17 W/(m²K)≈ 0,10–0,12≤ 0,15
Sol sur terre-plein≤ 0,25 W/(m²K)≈ 0,12–0,15≤ 0,15
Paroi vers espace non chauffé≤ 0,25 W/(m²K)≈ 0,15≤ 0,15

Sources : SIA 380/1:2016, endk.ch MoPEC 2025, passivehouse.com — vérifiés juin 2026.

France voisine — RE2020 et BBC Rénov 2024

La RE2020 ne fixe pas de valeurs U par composant mais impose un Bbio et un Cep,nr ≤ 85 kWh/(m²a) (logements individuels, zone H1c — Ain, Haute-Savoie) calculés globalement avec fp électricité = 2,3 kWh EP/kWh EF. En pratique, les niveaux d'isolation nécessaires sont U murs ≈ 0,15–0,20, U toiture ≈ 0,10–0,15, U sol ≈ 0,20–0,25. Le label BBC Rénov 2024 (niveau Optimal) exige une consommation < 110 kWh EP/(m²a) selon 3CL-2021.

Épaisseurs indicatives pour U = 0,15 W/(m²K)
PUR/PIR λ = 0,022 → 140 mm · EPS gris λ = 0,031 → 200 mm · Laine de roche λ = 0,036 → 230 mm · Ouate λ = 0,040 → 260 mm · Fibre de bois rigide λ = 0,045 → 295 mm. Ces valeurs supposent Rsi + Rse = 0,17 m²K/W, contribution des autres couches négligeable.

Ce que les professionnels demandent

Peut-on combiner deux types d'isolants dans une même paroi ?

Oui — c'est souvent la solution la plus pertinente. Exemple classique : laine de roche entre chevrons (A1, acoustique, feu) + fibre de bois rigide en sous-chevrons (déphasage estival, correction pont thermique des chevrons). Les deux couches se complètent. L'essentiel : positionner correctement le frein-vapeur (2/3 de R total côté chaud) et vérifier la compatibilité hygrique selon SIA 180:2014.

L'énergie grise d'un isolant se récupère-t-elle sur la durée de vie du bâtiment ?

En général oui. Le "temps de retour énergétique" est de quelques mois à 2–3 ans selon le matériau et le contexte — bien en deçà des 30 à 60 ans de durée de vie d'un isolant en place. Pour les isolants à haute énergie grise (XPS, PUR), ce retour est plus long — mais reste positif à l'échelle d'une durée de vie normale. La question à poser : peut-on atteindre la même performance avec un matériau à moins d'énergie grise dans ce contexte technique spécifique ?

Faut-il un pare-vapeur systématiquement avec les isolants biosourcés ?

Pas un pare-vapeur (μ élevé, sd > 100 m), mais presque toujours un frein-vapeur hygrovariable (sd variant de 0,5 à 5 m selon l'humidité ambiante). Ces membranes sont perméables en été (séchage possible) et résistantes en hiver (limitation de la condensation). Sur une paroi bois avec ouate ou fibre de bois, c'est la règle — à vérifier par calcul dynamique WUFI selon SIA 180:2014, pas par Glaser seul.

Les isolants biosourcés sont-ils acceptés dans les dossiers Minergie à Genève ?

Oui, sous réserve de satisfaire aux exigences de réaction au feu applicables au bâtiment et à la position du matériau. La ouate et la fibre de bois ne sont pas A1 — elles s'utilisent dans des parois multicouches où la protection feu est assurée par d'autres couches (plaque BA13, enduit minéral, béton). À Genève, la LCI art. 117 favorise explicitement les matériaux à faible empreinte carbone. L'OCEN et le service incendie de l'OCBA sont les interlocuteurs pour valider la conception paroi par paroi.

Comment choisir entre EPS et laine de roche pour une ITE à Genève ?

Pour une ITE en système ETICS (enduit sur isolant) sur un bâtiment résidentiel privé ≤ 8 m, l'EPS graphité est le choix économique standard — l'enduit forme la protection feu. Sur un bâtiment HPE (neuf ou rénovation) sous LCI art. 117, la laine de roche A2 est préférable car son énergie grise est 4 à 8 fois plus faible que l'EPS, et elle ne requiert pas d'additif FR. Pour les bâtiments publics (HPE/THPE) ou dès que la hauteur excède 8 m : laine de roche A1 obligatoire.

Votre choix d'isolant : argumenté par le calcul, pas par catalogue

λ, U-valeur, énergie grise, déphasage, comportement au feu, contraintes réglementaires (LEn, LCI, Minergie) — chaque projet a ses priorités. Accompagnement conseil NRG positive pour dimensionner l'isolant adapté à votre paroi, votre budget carbone et votre label visé.

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