Publié le 15 juin 2026Date de publication du dossier, alignée sur le balisage schema.org de la page (datePublished et dateModified : 2026-06-15).Source à établir — donnée non vérifiée21 min de lecture · l'essentiel en 2 minLCI GenèveSIA 390/1 · 2032 · KBOBMise à jour juin 2026
L'énergie grise dans la construction
Pendant des décennies, la performance énergétique d'un bâtiment s'est mesurée uniquement à sa consommation d'exploitation. Aujourd'hui, l'énergie incorporée dans les matériaux — l'énergie grise — pèse environ un quart de l'énergie primaire d'un immeuble neuf à basse consommation, et de l'ordre de la moitié du bilan carbone d'un bâtiment performant chauffé aux renouvelablesOFEN/SuisseEnergie, « L'énergie grise dans les nouveaux bâtiments » (06.2017), p. 6 : 42,0 kWh/m²·an d'énergie grise sur 158,9 kWh/m²·an au total pour un immeuble collectif à basse consommation, soit environ 26 %.Office fédéral de l'énergie (OFEN) / SuisseEnergie — L'énergie grise dans les nouveaux bâtiments — Guide pour les professionnels2017-06 · consulté le 2026-09-04. C'est devenu un enjeu central, et le cadre légal genevois le reflète désormais directement.
L'énergie grise (ou énergie incorporée) désigne l'ensemble de l'énergie nécessaire à la fabrication d'un bâtiment : extraction des matières premières, transformation industrielle, transport, mise en œuvre sur chantier, entretien, remplacement en cours de vie, puis démolition et traitement en fin de vie.
Elle s'exprime en énergie primaire non renouvelable — historiquement en MJ/m² de surface de référence énergétique (SRE), ou en kWh/m²·an annualisé sur la durée de vie standard du bâtiment (60 ans selon le cahier technique SIA 2032Minergie, méthode de calcul de l'énergie grise (2021) : durée d'utilisation du bâtiment de 60 ans, durées d'amortissement des éléments reprises du cahier technique SIA 2032.Minergie Suisse — Berechnung der Grauen Energie und der Treibhausgasemissionen bei Minergie-ECO (v1.3)2021-03-31 · consulté le 2026-08-20). Mais l'indicateur que retient désormais le cadre légal genevois n'est pas l'énergie : c'est l'empreinte carbone, soit le bilan des émissions de gaz à effet de serre exprimé en kg CO₂-eq/m²·an.
Un bâtiment très bien isolé consomme peu d'énergie d'exploitation — mais si ses murs sont en béton fortement armé avec une isolation en mousse synthétique, son énergie grise peut annuler plusieurs années d'économies opérationnelles.
~25 %
de l'énergie primaire totale d'un immeuble neuf à basse consommation (OFEN : 42 sur 159 kWh/m²·an)
60 ans
durée de vie de référence selon SIA 2032 pour le calcul annualisé
MJ/m²·an : fourchette d'énergie grise (énergie primaire) d'un bâtiment standard neufMinergie-ECO, p. 11, valeurs limites du neuf (Wohnen MFH) : GW1 25,0 et GW2 36,1 kWh/m²EBF·an, soit 90–130 MJ/m²·an ; le guide OFEN 8719, p. 6, chiffre l'énergie grise à 42 kWh/m²·an (151 MJ).Minergie Suisse — Berechnung der Grauen Energie und der Treibhausgasemissionen bei Minergie-ECO (v1.3)2021-03-31 · consulté le 2026-09-04
Deux indicateurs à ne pas confondre
L'énergie grise mesure une quantité d'énergie primaire non renouvelable (kWh ou MJ/m²·an). L'empreinte carbone mesure des émissions de gaz à effet de serre (kg CO₂-eq/m²·an). Les deux sont liées mais distinctes : un matériau peut être énergivore sans être très carboné, et inversement. Point décisif à Genève : le cadre légal (LCI art. 117-118) régule le carbone — c'est donc en kg CO₂-eq/m²·an que se mesure la conformité, pas en MJ.
Énergie grise vs énergie d'exploitation
L'énergie d'exploitation (chauffage, ECS, ventilation, éclairage) est l'énergie consommée pendant la vie du bâtiment — c'est ce que mesurent les labels HPE, Minergie® ou Passivhaus. L'énergie grise, elle, est "dépensée" avant même que le bâtiment ne soit habité. Plus un bâtiment sera performant à l'exploitation, plus la part relative de l'énergie grise dans son bilan total sera importante : les deux vont donc désormais de pair.
02 — Analyse du cycle de vie
Le cycle de vie du bâtiment
L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) — ou Life Cycle Assessment (LCA) — est la méthode standardisée pour quantifier l'impact environnemental d'un bâtiment de "la carrière à la décharge". En Suisse, le cahier technique SIA 2032 (méthode d'écobilan) et la norme européenne EN 15978 structurent l'ACV en quatre modules principaux.
A
Production & chantier
A1–A3 : extraction, fabrication des matériaux A4 : transport vers le chantier A5 : mise en œuvre et déchets de chantier
B
Utilisation
B1 : impacts en cours d'utilisation B2–B5 : entretien, réparation, remplacement B6–B7 : énergie et eau d'exploitation
C
Fin de vie
C1 : déconstruction / démolition C2 : transport des déchets C3–C4 : traitement, mise en décharge
D
Au-delà du système
Bénéfices nets : recyclage des matériaux, valorisation énergétique, réemploi. Le carbone biogénique — le CO₂ que l'arbre a capté dans l'atmosphère pendant sa croissance et que le bois garde en stock — n'entre pas dans le bilan des émissions selon SIA 390/1 et KBOB : il est indiqué séparément. Ce n'est donc pas un crédit déductible des émissions du bâtiment.
Dans la pratique, le calcul réglementaire genevois s'appuie sur les modules A1–A5 (fabrication des matériaux, transport et mise en œuvre) et B4 (remplacements en cours de vie), qui constituent l'essentiel de l'énergie grise pour un bâtiment neuf bien conçu. Les modules C et D sont inclus dans les approches complètes : le SNBS, Standard Construction durable Suisse, et le DGNB, le système allemand de certification des bâtiments durables. Ce sont des référentiels de durabilité globale, pas des labels énergétiques.
Durée de vie des composants : un facteur clé
L'énergie grise inclut les remplacements en cours de vie (module B4). Selon les durées d'amortissement du cahier technique SIA 2032, la structure (fouille, ossature porteuse) compte 60 ansCorrectif C1:2013 au cahier technique SIA 2032:2010, annexe C : 60 ans fouille et structure (B, C), 30 à 40 ans enveloppe (E, F), 20 à 30 ans technique (D) — 40 ans pour les seules sondes géothermiques.Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) — Cahier technique SIA 2032 « L'énergie grise des bâtiments » — correctif C1:2013 à l'édition 2010, annexe C (durées d'amortissement)2013 · consulté le 2026-09-04, l'enveloppe (façades, toiture, revêtements extérieurs) 30 à 40 ans et la technique du bâtiment (VMC, pompe à chaleur) 20 à 30 ans. Un isolant ou un revêtement remplacé deux fois sur 60 ans double son impact énergie grise — d'où l'importance de la durabilité intrinsèque des matériaux choisis.
Bois + biosourcé + réemploi partiel Matériaux récupérés, stockage CO₂
≤ 4,5 kg CO₂-eq/m²·an
Empreinte carbone de construction (kg CO₂-eq/m²·an) : c'est l'indicateur opposable à Genève. En énergie grise, la même série va d'environ 150 MJ/m²·an pour le béton armé standardSérie calée sur les valeurs limites Minergie-ECO du neuf (p. 11 : 25,0 et 36,1 kWh/m²EBF·an, soit 90–130 MJ/m²·an) et sur les 42 kWh/m²·an (151 MJ) du guide OFEN 8719, p. 6.Minergie Suisse — Berechnung der Grauen Energie und der Treibhausgasemissionen bei Minergie-ECO (v1.3)2021-03-31 · consulté le 2026-09-04 à moins de 80 MJ/m²·an pour la dernière ligne. Valeurs indicatives, annualisées sur 60 ans, modules A1–A5 + B4, par m² SRE.
Selon l'OFEN, le gros œuvre pèse environ un tiers de l'énergie griseOFEN, guide de l'énergie grise des neufs, p. 12 : « environ un tiers » pour le gros œuvre (C), « chacun un cinquième » pour les aménagements intérieurs (G) et les installations (D) ; C, D et G, plus grand potentiel.Office fédéral de l'énergie (OFEN) / SuisseEnergie — L'énergie grise dans les nouveaux bâtiments — Guide pour les professionnelsconsulté le 2026-09-04, les installations techniques et les aménagements intérieurs environ un cinquième chacun.
Le bois : un atout carbone
1 m³ de bois massif stocke environ 900 kg de CO₂Lignum : « Un mètre cube de bois stocke ainsi le carbone d'environ une tonne de CO₂ ». L'écart bois/béton à l'échelle du bâtiment provient d'ecobau (habitat neuf : 6 contre 8 kg).Lignum — Économie suisse du bois — Bois et CO2consulté le 2026-08-20 — le carbone d'environ une tonne selon Lignum. À l'échelle du bâtiment, l'écart bois/béton reste modéré : 6 contre 8 kg CO₂-eq/m²·an pour un habitat neuf, soit 15 à 25 % de moins (ecobau). En module D, le bois en fin de vie peut être valorisé énergétiquement, restituant une part de l'énergie primaire.
L'acier : haute performance, haute énergie
L'acier est très résistant pour sa masse — mais son énergie de production est élevée, de l'ordre de 20 GJ/t pour la filière haut-fourneau (moyenne mondiale)KBOB, Données des écobilans dans la construction : 0,682 kg CO₂-eq/kg pour l'acier d'armature et 0,734 pour l'acier de construction ; ~20 GJ/t est la moyenne mondiale du haut-fourneau.KBOB / eco-bau / IPB — Ökobilanzdaten im Baubereich / Données des écobilans dans la construction 2009/1:20162016-09 · consulté le 2026-08-20. La KBOB retient 0,68 kg CO₂-eq/kg pour l'acier d'armature et 0,73 kg CO₂-eq/kg pour l'acier de construction. Utilisé en structure mixte acier-béton, il alourdit sensiblement l'énergie grise structurelle ; la filière électrique (four à arc, acier recyclé) réduit nettement cet impact.
04 — Cadre légal genevois
LCI art. 117 & 118 : ce que la loi exige
Le canton de Genève a inscrit dans sa loi sur les constructions et les installations diverses (LCI), du 14 avril 1988, rsGE L 5 05Intitulé officiel visé par le préambule du RECMC : « loi sur les constructions et les installations diverses, du 14 avril 1988 » (LCI, rsGE L 5 05), art. 117 et 118.République et canton de Genève — Recueil systématique (silgeneve.ch) — Règlement concernant l'empreinte carbone des matériaux de construction (RECMC), rsGE L 5 05.052025-10-15 · consulté le 2026-08-20 des exigences qui vont au-delà de la seule performance énergétique d'exploitation. Les articles 117 et 118 forment un binôme complémentaire : l'un fixe la règle sur le choix des matériaux, l'autre la méthode pour en mesurer l'impact carbone.
LCI · Art. 117Empreinte carbone des matériaux — priorité au réemploi
L'article 117 impose de limiter l'empreinte carbone des matériaux de construction, en établissant une hiérarchie claire :
Priorité aux matériaux de réemploiArt. 117 LCI (issu du PL 12869) : les constructions et rénovations importantes doivent minimiser l'empreinte carbone, en privilégiant le réemploi puis les matériaux recyclés ou à faible empreinte.MLL Legal — MLL News Portal — L'empreinte carbone au cœur du droit genevois de la constructionconsulté le 2026-08-20 — composants récupérés et réutilisés
À défaut, recours aux matériaux recyclés
Encouragement aux matériaux à faible énergie grise (bois, biosourcés, géosourcés, matériaux locaux)
C'est le cadre légal de la démarche « zéro déchet » et du réemploi sur les chantiers genevois — celle appliquée dès 2022 sur la rénovation Carouge 87, présentée comme le premier chantier zéro déchet de Suisse romandeChantiers Magazine (28.11.2022) : les travaux débutent en 2022 et le chantier est présenté comme le premier « zéro déchet » de Suisse romande.Chantiers Magazine — Zéro déchet — Rénovation durable au cœur de Genève2022-11-28 · consulté le 2026-08-20.
LCI · Art. 118Calcul de l'empreinte carbone — cycle de vie complet
L'article 118 définit comment cette empreinte se mesure : un bilan des émissions de gaz à effet de serre sur l'ensemble du cycle de vie des matériaux mis en œuvre, exprimé en kg CO₂-eq/m²·an — fabrication des matériaux, mise en œuvre, exploitation, déconstruction. En pratique :
La norme de référence est la SIA 390/1 « La voie du climat » (qui a remplacé le cahier technique SIA 2040) ; elle fixe les valeurs limites et cibles d'émissions
Le calcul se fonde en premier lieu sur la base de données KBOB (RECMC art. 5) ; le cahier technique SIA 2032 reste la spécification d'écobilan usuelle en pratique
La méthode de calcul par lots
Le bilan ne se calcule pas matériau par matériau : le bâtiment est décomposé en lots — fondations, structure porteuse, enveloppe, aménagements intérieurs, installations techniques —, chacun évalué aux valeurs KBOB, puis additionné. C'est cette décomposition qui rend la démarche praticable et comparable d'un projet à l'autre. Elle est détaillée, avec son application à un chantier réel, dans le dossier réemploi opérationnel.
Pesée d'intérêt : LEn (L 2 30) ↔ LCI — vers la primauté du carbone ?
Les deux cadres peuvent entrer en tension. Viser un niveau THPE au sens de la LEn pousse à réduire l'énergie d'exploitation — davantage d'isolation, de vitrages performants, de technique du bâtiment. Or chacun de ces ajouts a un coût en énergie grise et en carbone incorporé, que vise précisément à limiter la LCI. À surperformance énergétique, le gain d'exploitation peut être en partie annulé par le surcroît de carbone constructif. La pratique professionnelle tend à considérer que la logique carbone (LCI) devrait primer sur la seule logique énergétique (LEn) en cas d'arbitrage — une orientation toutefois pas encore tranchée officiellement. En attendant un cadrage formel, la bonne pratique consiste à optimiser conjointement les deux bilans dès la conception, plutôt que de maximiser l'un au détriment de l'autre.
05 — Outils de calcul
SIA 2032, KBOB et logiciels
Le calcul de l'énergie grise repose sur trois piliers complémentaires : un cahier technique de méthode (SIA 2032), une base de données de valeurs matériaux (KBOB), et des outils logiciels qui combinent les deux.
Norme suisse
SIA 390/1 — La voie du climat
Norme « La voie du climat – Bilan des gaz à effet de serre sur le cycle de vie des bâtiments » (édition 2025, remplace le cahier technique SIA 2040)Espazium : la norme SIA 390/1 « La voie du climat – Bilan des gaz à effet de serre sur le cycle de vie des bâtiments » est parue le 1er février 2025 et remplace le cahier technique SIA 2040.Espazium — Les éditions pour la culture du bâti — La SIA pose de nouveaux jalons pour une construction respectueuse du climat2025 · consulté le 2026-09-04. Fixe les valeurs limites et cibles en kg CO₂-eq/m²·an. C'est la norme à laquelle se réfère la LCI genevoise (art. 118).
Cahier technique suisse
SIA 2032 — L'énergie grise des bâtiments
Cahier technique décrivant la méthode d'écobilan : modules ACV à inclure, durées de vie standard des composants, règles de présentation. C'est la « spécification de calcul » usuelle en pratique ; le RECMC genevois, lui, ne renvoie qu'à la norme SIA 390/1:2025 et, en premier lieu, à la base de données KBOB.
Base de données maintenue par les maîtres d'ouvrage publics suisses. Fournit les valeurs d'énergie primaire non renouvelable (EPNR), d'énergie grise totale et de potentiel de réchauffement climatique (PRC, en kg CO₂-eq) — l'indicateur carbone, qui n'est pas la même chose que l'énergie primaire pour l'ensemble des matériaux de construction courants.
Côté logiciels, aucun n'est imposé : eco2soft (baubook, Autriche) convient aux projets courants, One Click LCA aux projets complexes et aux certifications multi-normes, Lesosai ajoute un module énergie grise au calcul thermique réglementaire — le PHPP, lui, ne traite que l'exploitation. Tous s'appuient en arrière-plan sur la base ecoinvent ; en Suisse, ce sont les valeurs KBOB qui font foi.
Quand calculer ?
L'énergie grise se calcule idéalement en deux temps : une estimation préliminaire en phase avant-projet (APD) pour orienter les choix de structure et d'enveloppe — au moment où l'essentiel des décisions est encore ouvert — puis un calcul détaillé en phase d'exécution pour le dossier de certification ou la conformité LCI. Un calcul tardif (après chantier) permet de vérifier mais plus d'optimiser.
06 — Stratégies de réduction
Comment réduire l'énergie grise
Contrairement à l'énergie d'exploitation, l'énergie grise ne se compense pas après coup : elle est engagée au moment de la construction. Les décisions structurantes doivent donc être prises en amont, dès les premières esquisses.
Matériaux biosourcés et géosourcés
Bois massif (CLT, bois lamellé-collé), ouate de cellulose, chanvre, paille, pisé, briques de terre crue : ces matériaux affichent des énergies grises 3 à 10 fois inférieures à leurs équivalents conventionnels. Le bois stocke en plus du carbone atmosphérique (effet puits). Les matériaux géosourcés locaux (pierre, terre) éliminent l'énergie de transport.
Réemploi et économie circulaire
Réutiliser une poutre existante ou une dalle de béton élimine quasi intégralement l'énergie grise de fabrication — seuls le transport et la remise en état sont comptabilisés. Le réemploi structurel (planchers, charpentes, façades) est l'un des leviers les plus puissants, encore peu exploité en Suisse romande mais en forte croissance.
Compacité et optimisation structurelle
Moins de matière = moins d'énergie grise. Une forme compacte réduit les surfaces d'enveloppe. Une structure dimensionnée au plus juste (calcul statique précis, sections optimisées) évite la sur-consommation de béton ou d'acier. Le principe "construire juste" est le premier geste énergie grise, avant même le choix des matériaux.
Durabilité et facilité de démontage
Un matériau durable n'est remplacé qu'une fois sur 60 ans au lieu de deux ou trois — ce qui réduit proportionnellement son impact B4. De plus, une conception "démontable" (fixations mécaniques plutôt que colles, assemblages réversibles) permet le réemploi futur des composants : c'est l'architecture circulaire en acte.
Sourcing local et filières courtes
Le transport (module A4) pèse nettement moins que la fabrication des matériaux, mais reste un poste sur lequel on peut agir. Privilégier le bois régional certifié (FSC/PEFC), les isolants fabriqués en Suisse ou en France voisine, et les granulats locaux réduit cet impact tout en soutenant les filières locales — un argument de plus en plus valorisé dans les marchés publics genevois.
07 — Labels et énergie grise
Quels labels intègrent l'énergie grise ?
Seuls certains labels vont au-delà de la performance énergétique d'exploitation pour inclure l'énergie grise et le bilan carbone des matériaux. Le tableau ci-dessous récapitule les principales certifications disponibles en Suisse romande et en France voisine. Minergie® standard, Passivhaus Classic et les niveaux genevois HPE/THPE n'y figurent pas : ils ne portent que sur l'énergie d'exploitation (REn art. 12B/12C — rsGE L 2 30.01)Standards HPE (REn art. 12B) et THPE (REn art. 12C), rsGE L 2 30.01 : ils portent sur la performance énergétique d'exploitation, indépendamment des art. 117-118 LCI.République et canton de Genève — Recueil systématique (silgeneve.ch) — rsGE L 2 30.01 — Règlement d'application de la loi sur l'énergie (REn), du 31 août 19881988-08-31 · consulté le 2026-08-20, l'empreinte carbone des matériaux relevant des art. 117–118 LCI.
Label
Énergie grise requise
Norme / méthode
Remarque
Minergie®-ECO
✓ Oui
SIA 2032 + KBOB
Module complémentaire ECO exige calcul énergie grise et critères santé/matériaux
SNBS · DGNB
✓ Oui — central
SIA 2032 / EN 15978 + ecoinvent, ÖKOBAUDAT ou KBOB
Référentiels de durabilité globale, pas des labels énergétiques : ACV complète (A–D) pondérée dans le score. Le SNBS est exigé par certains maîtres d'ouvrage publics romands, à vérifier au cas par cas.
RE2020 (France)
✓ Oui — Ic construction
ACV dynamique réglementaire (arrêté du 4 août 2021)
Est-ce que l'énergie grise est obligatoire à Genève ?
Oui, progressivement. L'art. 117 LCI impose de limiter l'empreinte carbone des matériaux — priorité au réemploi, puis aux matériaux recyclés — et l'art. 118 en définit la méthode. Les seuils chiffrés et le calendrier sont ceux du RECMC : voir la section 04. Pour les bâtiments publics et les projets d'une certaine envergure, une analyse ACV formelle est attendue.
Construire en bois coûte-t-il plus cher ?
La construction bois présente souvent un surcoût sur le gros œuvre par rapport au béton conventionnel — mais cet écart s'estompe avec l'industrialisation de la filière et les gains de chantier (rapidité, mise en œuvre sèche). Sur coût global de cycle de vie (LCC), le bois se retrouve souvent compétitif, notamment par la réduction des déchets de chantier et la préservation de la valeur des composants en fin de vie.
Peut-on garder le béton et quand même réduire l'énergie grise ?
Oui, plusieurs leviers existent : béton à faible teneur en clinker (substitution du ciment par cendres volantes ou laitier de haut-fourneau), béton recyclé pour certaines applications, optimisation des sections structurelles, et compensation par le choix d'une isolation biosourcée et de revêtements à faible énergie grise. Une structure béton optimisée peut descendre à ~110 MJ/m²·an, proche d'un bâtiment bois standardCohérent avec les valeurs limites Minergie-ECO du neuf (p. 11 : 25,0 et 36,1 kWh/m²EBF·an, soit 90–130 MJ/m²·an) et avec les 42 kWh/m²·an du guide OFEN 8719, p. 6.Minergie Suisse — Berechnung der Grauen Energie und der Treibhausgasemissionen bei Minergie-ECO (v1.3)2021-03-31 · consulté le 2026-09-04.
À quelle phase du projet faut-il s'en préoccuper ?
L'énergie grise se "gagne" ou se "perd" essentiellement en phases études préliminaires (EP) et avant-projet (APD). Une estimation rapide à partir d'une volumétrie et d'un système constructif suffit pour orienter les choix majeurs. Attendre le dossier d'exécution pour y penser revient à ne plus pouvoir agir sur les décisions qui comptent vraiment.
Comment intégrer l'énergie grise dans un concours d'architecture ?
De plus en plus de concours genevois et vaudois intègrent un critère énergie grise / bilan carbone dans leur programme. Une estimation schématique par m² (ratio volumique selon le système constructif envisagé) suffit au stade concours pour positionner le projet. Les valeurs KBOB par système constructif permettent une comparaison rapide entre variantes sans modélisation détaillée.
À retenir
Ce qu'il faut retenir, et dans quel ordre agir
Fixez l'indicateur avant de commencer. Écrivez les kg CO₂-eq/m²·an dans le programme : c'est cette valeur qui sera contrôlée, pas les MJ.
Estimez dès l'esquisse. Un ratio par système constructif suffit pour arbitrer structure et enveloppe — au moment où tout est encore ouvert.
Décomposez par lots. Fondations, structure, enveloppe, aménagements, technique : c'est lot par lot que le calcul se fait et que les substitutions se décident.
Calez-vous sur les données KBOB et la norme SIA 390/1. Aucun logiciel n'est imposé : ce sont la base de données et la norme qui font foi.
Bouclez le bilan avant le dépôt de la demande d'autorisation. Un calcul fait après le chantier permet de constater, plus d'optimiser.
N'optimisez pas un bilan contre l'autre. Chaque centimètre d'isolant en plus a un coût carbone : traitez énergie et carbone ensemble, dès la conception.
GenèveLCI art. 117 et 118 et RECMC (rsGE L 5 05.05) : hiérarchie réemploi → recyclé → faible empreinte, et valeurs limites chiffrées. Aucun autre canton ne dispose d'un tel règlement.
SuissePas d'obligation carbone sur les matériaux ailleurs en Suisse. La SIA 390/1:2025 et les données KBOB font référence ; Minergie-ECO, le SNBS et le DGNB intègrent l'énergie grise, à titre volontaire.
France voisineLa RE2020 impose une ACV réglementaire à tout bâtiment neuf, via l'indicateur Ic construction en kg éq. CO₂/m² cumulés sur 50 ans. Méthode et périmètre diffèrent du calcul genevois : les deux ne se comparent pas.
Sources et références (25)
Chaque chiffre et chaque affirmation de ce dossier renvoie à sa source. Survolez ou touchez un appel de note pour l'afficher.
Source à établir — donnée non vérifiée Date de publication du dossier, alignée sur le balisage schema.org de la page (datePublished et dateModified : 2026-06-15).
Lignum — Économie suisse du bois — Bois et CO2(consulté le 2026-08-20) Lignum : « Un mètre cube de bois stocke ainsi le carbone d'environ une tonne de CO₂ ». L'écart bois/béton à l'échelle du bâtiment provient d'ecobau (habitat neuf : 6 contre 8 kg).