Publié le 1er novembre 202623 min de lecture · l'essentiel en 2 minSIA 180:2014 · CondensationPropriétaires · RégiesMise à jour octobre 2026
Moisissures après changement de fenêtres : le piège hygrothermique
Des moisissures apparaissent dans un logement à la saison froide qui suit un remplacement de fenêtres. Le réflexe est souvent d'incriminer les occupants. Pourtant, c'est d'abord le bâtiment qu'il faut examiner. Ce dossier explique la mécanique du phénomène — point de rosée, ponts thermiques, isolation par l'intérieur — et les trois leviers pour y remédier durablement. Un diagnostic rigoureux est indispensable avant toute mise en cause.
Remplacer les anciennes menuiseries est une intervention courante et techniquement fondée. Mais dans un bâtiment sans ventilation mécanique contrôlée, ce changement peut être suivi de moisissures à la saison froideGuide OFSP (août 2023) : la pose de fenêtres étanches réduit le renouvellement d'air ; sans aération qui compense, « pendant la saison froide des moisissures peuvent proliférer sur les murs froids ».Office fédéral de la santé publique (OFSP) — Attention aux moisissures — Un guide sur les problèmes d'humidité et de moisissures dans les locaux d'habitation2023-08 · consulté le 2026-10-01. Un paradoxe qui surprend propriétaires, régies et occupants.
Les anciennes menuiseries bois, les châssis à simple vitrage ou les anciennes fenêtres de cave étaient souvent peu étanches : l'air infiltrait par les fentes du dormant, autour des volets, à travers les embrasures en maçonnerie. Cette ventilation parasite était involontaire — coûteuse en énergie, inconfortable — mais elle assurait un renouvellement d'air continu et évacuait une partie de la vapeur d'eau produite dans le logementUBA, Schimmelleitfaden, § 3.2.1 : les fenêtres non étanches évacuent une partie de l'humidité produite ; des fenêtres étanches posées sans isoler murs et embrasures mènent à des problèmes d'humidité.Umweltbundesamt (UBA), Innenraumlufthygiene-Kommission — Allemagne — Leitfaden zur Vorbeugung, Erfassung und Sanierung von Schimmelbefall in Gebäuden (Stand April 2024)2024-04 · consulté le 2026-10-01.
Les nouvelles fenêtres n'ont rien créé. Elles ont supprimé la soupape d'échappement qui masquait un problème latent de ventilation et de ponts thermiques.
Avec des menuiseries neuves et étanches, cette ventilation non maîtrisée disparaît. Si aucune ventilation mécanique ou naturelle efficace ne prend le relais, la vapeur d'eau produite par les occupants — cuisine, douche, respiration, linge — s'accumule dans l'air intérieur. Dès que le taux d'humidité dépasse un certain seuil, la condensation s'installe sur les surfaces les plus froides : angles de façade, embrasures, zones derrière les meubles. Les moisissures suivent.
Ce n'est pas une nouvelle pathologie : c'est un problème existant qui devient visible. Les ponts thermiques et les zones froides étaient déjà présents avant les travaux. Les nouvelles fenêtres ont simplement révélé leur existence en supprimant ce qui les compensait.
Un scénario type à Genève
Un immeuble des années 1960–1970, sans VMC, avec des angles de façade non isolés et des embrasures en maçonnerie brute. Le propriétaire remplace les fenêtres — mesure pertinente en soi, mais qui ne figure pas au barème de subventions genevois : le seul remplacement de fenêtres n'y ouvre aucune mesureLe catalogue des mesures GEnergie ne comporte aucune mesure de remplacement de fenêtres. L'isolation relève de M-01 (CHF 80.– à 140.–/m²), la ventilation double flux de M-09.GEnergie / Office cantonal de l'énergie (OCEN), Genève — GEnergie — Les mesures subventionnées (M-01 à M-18, IP-04 à IP-19)2026 · consulté le 2026-09-02. À la saison froide suivante, les locataires signalent des moisissures dans les angles des chambres, derrière les armoires, dans les embrasures. Dans ce scénario, la cause est à chercher dans le bâtiment avant le comportement des habitants.
02 — La physique, et la norme qui la mesure
Point de rosée, condensation de surface, et le fRsi de la SIA 180:2014
La vapeur d'eau reste invisible tant que l'air est chaud. Dès que cet air touche une surface plus froide que le point de rosée, elle se condense en eau liquide, et si la surface reste humide assez longtemps, les moisissures s'y développent. Le point de rosée ne dépend que de la température de l'air et de son humidité relative : baisser l'humidité éloigne le danger, mais si la surface est assez froide, la condensation se produit même à des taux couramment tenus pour normaux.
Temp. intérieure
Humidité relative
Point de rosée (Td)
Condensation sur les surfaces froides
20 °C
40 %
≈ 6 °C
Toute surface sous ≈ 6 °C
20 °C
50 %
≈ 9 °C
Toute surface sous ≈ 9 °C
20 °C
60 %
≈ 12 °C
Toute surface sous ≈ 12 °C
20 °C
65 %
≈ 13 °C
Toute surface sous ≈ 13 °C
20 °C
70 %
≈ 14 °C
Toute surface sous ≈ 14 °C
18 °C
60 %
≈ 10 °C
Toute surface sous ≈ 10 °C
Valeurs calculées par la formule de MagnusISO 13788:2012 traite la température de surface intérieure requise pour éviter l'humidité critique de surface et la condensation interstitielle. Les points de rosée du tableau découlent de la relation de Magnus.Organisation internationale de normalisation (ISO) — ISO 13788:2012 — Performance hygrothermique des composants et parois de bâtiments — Méthodes de calcul2012 · consulté le 2026-09-02 (approximation standard en physique du bâtiment). Dans une chambre maintenue à 18 °C avec 60 % d'humidité relative, toute surface en dessous de 10 °C est une zone de condensation potentielle.
Un hygromètre posé sur la table ne mesure pas le risque dans les angles
Dans l'exemple de l'UBA, les valeurs correspondent à un air à 20 °C et 50 % d'humidité relative — le haut de la plage de 30 à 50 % que recommande l'OFSPGuide OFSP : « L'OFSP recommande comme règle de base une humidité relative de l'air se situant entre 30 et 50 %. Les jours très froids, elle ne devrait pas dépasser les 40 %. »Office fédéral de la santé publique (OFSP) — Attention aux moisissures — Un guide sur les problèmes d'humidité et de moisissures dans les locaux d'habitation2023-08 · consulté le 2026-10-01 — pendant que l'humidité à la surface atteint 70 % sur la paroi nue à 15 °C, 89 % derrière une armoire à 11 °C, et que l'eau condense dans l'angle à 6 °C. C'est la température de surface qui décide, pas le taux mesuré au centre de la pièce : une lecture hygrothermique se fait au contact des surfaces concernées.
Ce n'est pas seulement un problème d'humidité excessive. C'est aussi un problème de surface trop froide.
SIA 180:2014 : la protection hygrothermique des bâtiments
Son indicateur pour la condensation de surface, le facteur de température de surface fRsi, dit à quelle fraction de l'écart intérieur-extérieur se situe la surface intérieure : plus il est élevé, plus la surface est chaude, et moins le risque de condensation est grand. Les ponts thermiques — angles, nez de dalle, embrasures non traitées — sont précisément les points où il chute. La SIA 180:2014 tabule le fRsi minimal (tableau 10) pour des conditions données, l'annexe E.1 permettant de le recalculer pour d'autresFAQ SIA 180 (06-2017), F1 et F2 : limite de 80 % au ch. 6.2.1.3 ; fRsi,min au tableau 10, recalculable pour d'autres conditions par l'annexe E.1. La FAQ ne donne aucune valeur unique. Copie d'archive.SIA — commission de normalisation SIA 180 — Norme SIA 180:2014 — Questions fréquentes et réponses, édition 06-2017 (copie Internet Archive du 23.10.2019 ; le document n'est plus servi par sia.ch)2017-06 · consulté le 2026-10-01 ; son critère de moisissure est une humidité relative de 80 % en surface (ch. 6.2.1.3).
Application à Genève : une obligation légale
Le REn genevois (art. 12E al. 1) veut que la SIA 180:2014 soit respectée en matière d'isolation thermique et de protection solaire des bâtiments, et son art. 12G al. 1 en matière d'aération et de ventilation, avec les normes SIA 382/1:2025 et SIA 382/5:2021. Le RCI art. 56A vise, lui, la fenêtre : dans les constructions existantes, les embrasures en façade — vitrages, cadres de fenêtres, caissons de stores — dont le coefficient U atteint ou dépasse 3,0 W/(m²·K) devaient être mises en conformité au 31 janvier 2016RCI art. 56A al. 2 : les embrasures en façade (vitrages, cadres de fenêtres, caissons de stores) des constructions existantes sont mises en conformité si U est égal ou dépasse 3,0 W/(m²K), au 31.01.2016 au plus tard.République et canton de Genève — rsGE L 5 05.01 — Règlement d'application de la LCI (RCI), art. 56Aconsulté le 2026-10-01.
La norme couvre deux condensations. La condensation de surface, visible, se traite en réchauffant les surfaces froides ou en abaissant l'humidité intérieure. La condensation interstitielle, à l'intérieur de la paroi, est invisible et potentiellement destructrice : c'est le cas de l'isolation par l'intérieur, traité plus bas.
Suisse romande et France voisine : même physique, cadres distincts
En Suisse, la référence est la SIA 180:2014 ; la manière dont chaque règlement cantonal y renvoie se vérifie canton par canton. En France voisine, les méthodes de calcul sont celles de l'EN ISO 13788 et de l'EN 15026, et la mise en œuvre relève des NF DTU. À ne pas confondre : la RE2020 ne loge aucune exigence hygrothermique dans le Bbio ; le confort d'été y relève d'un indicateur séparéLe ministère présente la RE2020 par trois objectifs : sobriété et décarbonation de l'énergie, réduction de l'impact carbone, et confort en cas de forte chaleur — traité à part du besoin bioclimatique.Ministère de la Transition écologique — Réglementation environnementale RE2020consulté le 2026-09-02, les degrés-heures d'inconfort. Même physique, obligations légales distinctes.
03 — Les points critiques
Zones vulnérables et cas particulier de l'ITI
Les moisissures se logent là où la surface est la plus froide. Dans les bâtiments existants, ce sont les zones suivantes, particulièrement après un remplacement de fenêtres sans installation de ventilation contrôlée.
Pont thermique géométrique
Angles de façade
Deux parois froides qui convergent : la surface intérieure y est nettement plus froide qu'en milieu de paroi. L'air chaud de la pièce y circule mal, ce qui abaisse encore la température de surface.
Pont thermique de liaison
Embrasures non isolées
Tableau, linteau et appui en maçonnerie brute forment un pont thermique de géométrie complexe — révélé par le changement de menuiseries, qui a supprimé la ventilation parasite.
Pont thermique structurel
ITI avec éléments structurels non traités
L'isolation intérieure améliore la paroi courante mais laisse nez de dalle, colonnes et poutres en saillie sur l'isolant — des points froids qui subsistent.
Pont thermique structurel
Nez de dalle (planchers intermédiaires)
La dalle béton qui traverse l'enveloppe crée une rupture continue sur toute la longueur du bâtiment, à hauteur de plancher.
Sans pont thermique géométrique ou structurel, la surface y est plus chaude qu'aux jonctions : c'est aux jonctions et aux singularités que le problème se loge.
L'isolation thermique par l'intérieur (ITI) : bonne option, risques réels
L'isolation par l'intérieur se choisit quand l'extérieur est exclu : façade protégée, gabarit saturé, pas d'espace côté extérieur. Elle améliore la paroi courante, mais déplace la température dans l'épaisseur du mur et crée des risques propres.
Atouts de l'ITI
Réalisable sur façades classées ou protégées. N'affecte pas le gabarit extérieur ni les distances aux limites. Exécutable logement par logement, sans échafaudage côté rue. Compatible avec les ornements de façade.
Risques hygrothermiques
Condensation interstitielle entre isolant et mur si la migration de vapeur n'est pas maîtrisée. Ponts thermiques structurels (nez de dalle, colonnes) non traités — zones froides persistantes. La paroi portante se retrouve côté froid, exposée à des cycles de gel-dégel plus marqués.
Le reste de l'isolation intérieure est traité dans son propre dossier
Les quatre familles de systèmes et leur arbitrage, les deux critères chiffrés à exiger de l'étude hygrothermique, les retours d'isolant sur refends et dalles, les têtes de solives encastrées, l'épaisseur et les erreurs de conception qui produisent les désordres : tout cela se trouve, développé et non résumé, dans Isoler par l'intérieur sans créer de désordres →
Pour le professionnel — la vérification simplifiée de la WTA 6-4
La fiche WTA 6-4 n'admet une vérification simplifiée, sans simulation, que sous conditions — notamment : façade protégée de la pluie battante, humidité intérieure normale, température extérieure moyenne annuelle d'au moins 7 °C, résistance thermique ajoutée limitée à 2,0 ou 2,5 m²K/W selon la capacité d'absorption du murConditions du justificatif simplifié WTA 6-4, d'après G. Scheffler (2018, p. 4-5), fiche non lue en original : pas de pluie battante, humidité normale, Te moyenne ≥ 7 °C, ΔR ≤ 2,5 (support absorbant) ou 2,0 m²K/W.G. A. Scheffler, Bausubstanz kompakt (WTA) — Regelwerksübersicht zum Wärme- und Feuchteschutz im Kontext der Innendämmung2018-09 · consulté le 2026-10-01. Hors de ce cadre, la vérification passe par la simulation du transport couplé chaleur-humidité selon l'EN 15026, menée sur plusieurs années, avec l'orientation réelle de la façade, son exposition à la pluie et les bois encastrés du plancher. Si une membrane est prévue, sa position — côté chaud, sans interruption — se vérifie dans la même simulation.
04 — Les solutions
Ventilation, isolation, comportement : trois leviers à combiner
Trois leviers, et leur ordre est la moitié de la réponse. 1. La ventilation — c'est elle que le changement de fenêtres a supprimée, et elle agit sur toutes les pièces à la fois. 2. L'isolation des surfaces froides — indispensable à moyen terme, parce que la ventilation ne réchauffe rien. 3. L'usage — réel, mais second : il pèse sur un bâtiment qui a déjà ses surfaces froides. Aucun ne suffit seul, et le troisième ne vient pas en premier.
Levier 1 — Prioritaire
Ventilation : évacuer la vapeur d'eau à la source
La ventilation mécanique contrôlée (VMC) extrait en continu l'air humide des pièces de service et renouvelle celui des pièces à vivre, ce qui abaisse l'humidité intérieure. La double flux ajoute une récupération de chaleur ; la simple flux extrait l'air sans récupérer sa chaleur.
À Genève : le REn, à son art. 12G « Prescriptions en matière d'aération et de ventilation », impose des récupérateurs d'énergie thermique sur les installations de ventilation double flux, ainsi que sur les installations d'extraction dépassant 1 000 m³/h et 500 heures d'exploitation par anREn art. 12G « Prescriptions en matière d'aération et de ventilation » : les installations double flux sont munies de récupérateurs ; extraction dès 1 000 m³/h et plus de 500 heures d'exploitation par an.République et canton de Genève — rsGE L 2 30.01 — Règlement d'application de la loi sur l'énergie (REn), art. 12E et 12Gconsulté le 2026-10-01. Côté financement, la ventilation double flux avec récupération de chaleur relève de la mesure M-09 du barème GEnergie — échangeur de rendement supérieur à 70 %, CHF 4'800.– par logementBarème GEnergie, mesure M-09 « Ventilation dans les habitations avec récupération de chaleur par échangeur (rendement > 70 %) » : CHF 4'800.– par unité d'habitation pour les installations double flux.GEnergie / Office cantonal de l'énergie (OCEN), Genève — GEnergie — Les mesures subventionnées (M-01 à M-18, IP-04 à IP-19)2026 · consulté le 2026-09-02 — et l'isolation de l'enveloppe de la mesure M-01, de CHF 80.– à 140.–/m².
Levier 2 — Indispensable à moyen terme
Isolation : élever la température des surfaces froides
La ventilation abaisse l'humidité de l'air mais ne réchauffe pas les surfaces : sur un angle de façade à 6 °C, la condensation commence dès 40 % d'humidité relative dans un air à 20 °C (calcul par la formule de Magnus). Il faut élever la température des surfaces à risque, par le traitement des ponts thermiques : embrasures, isolation de façade par l'extérieur ou par l'intérieur, correction des nez de dalle. La cible est le fRsi minimal que la SIA 180:2014 tabule (tableau 10) ou permet de recalculer (annexe E.1) — et ces travaux se coordonnent avec le projet de fenêtres dès le départ, pas après.
Levier 3 — Réel mais limité
Comportement des occupants : leur part dans l'équation
Étendre du linge humide, utiliser un humidificateur, ne jamais ouvrir après la douche, chauffer très peu la nuit : ces pratiques aggravent réellement le risque. Mais la SIA 180:2014 donne la mesure : son ch. 6.2.1.5 permet de calculer l'humidité intérieure maximale admissible pour éviter les moisissures, à partir du facteur de température le plus bas des ponts thermiquesFAQ SIA 180 (06-2017), F2 : le ch. 6.2.1.5 « permet de calculer l'humidité intérieure maximale admissible pour éviter les moisissures », à partir du facteur de température superficielle le plus bas des ponts thermiques.SIA — commission de normalisation SIA 180 — Norme SIA 180:2014 — Questions fréquentes et réponses, édition 06-2017 (copie Internet Archive du 23.10.2019 ; le document n'est plus servi par sia.ch)2017-06 · consulté le 2026-10-01. Imputer les moisissures aux occupants suppose donc d'établir d'abord l'état du bâtiment — donc de conduire un diagnostic. Le comportement s'apprécie par rapport à ce que le bâtiment peut supporter, pas dans l'absolu.
Cadre réglementaire : Genève — Suisse romande — France voisine
Genève
LEn, REn, LCI, RCI
REn art. 12E (SIA 180:2014 obligatoire), art. 12G (ventilation et récupération de chaleur), RCI art. 56A (fenêtres existantes dès U ≥ 3,0 W/(m²·K)), LCI art. 113 al. 1 : l'énergie nécessaire à la fonction des constructions doit être utilisée économiquement et rationnellementLCI art. 113 « Principes », al. 1 : « Les constructions doivent être conçues et maintenues de manière que l'énergie nécessaire à leur fonction soit utilisée économiquement et rationnellement ».République et canton de Genève (silgeneve.ch) — rsGE L 5 05 — Loi sur les constructions et les installations diverses (LCI), art. 113consulté le 2026-10-01. Barème GEnergie : M-09 pour la double flux, M-01 pour l'enveloppe — rien pour le seul remplacement des fenêtres. Un IDC élevé et des moisissures dans les angles peuvent avoir la même origine : une enveloppe qui perd, un chauffage qui compense.
Suisse romande
SIA 180:2014, CECB
SIA 180:2014 pour la protection thermique et contre l'humidité, SIA 382/1:2025 et SIA 382/5:2021 pour la ventilation ; le renvoi de chaque règlement cantonal à ces normes se vérifie canton par canton. CECB : la classe d'efficacité de l'enveloppe (A à G) situe le niveau d'isolation ; ce n'est pas un diagnostic d'humidité. Le Programme Bâtiments co-finance les subventions cantonales.
La séquence à suivre : diagnostic du bâtiment d'abord, attribution de responsabilité ensuite. Les relevés instrumentés décrits ci-dessous — mesures de surface, thermographie, mesure des débits — se confient à des prestataires spécialisés ; NRG positive ne les réalise pas.
Le réflexe erroné : incriminer les occupants sans diagnostic
« Vous ne ventilez pas assez. » Cette réponse, donnée sans diagnostic, ne repose sur rien de mesuré. En Suisse, le bailleur est tenu de remettre et maintenir la chose louée en état propre à l'usage convenu (CO art. 256)Art. 256 al. 1 CO, cité par le Tribunal fédéral : « Le bailleur est tenu de délivrer la chose à la date convenue, dans un état approprié à l'usage pour lequel elle a été louée, et de l'entretenir en cet état ».Tribunal fédéral suisse (base de jurisprudence Weblaw) — ATF 136 III 186 — art. 256 al. 1 CO, obligation du bailleur de délivrer et d'entretenir la chose louée2010-04-06 · consulté le 2026-09-02. Le lecteur d'Annemasse, de Gaillard ou de Ferney relève d'un autre texte : le décret « logement décent » du 30 janvier 2002, dont l'art. 2 exige une aération suffisante, et des dispositifs d'ouverture et de ventilation qui évacuent l'humidité d'une occupation normale. Les deux textes ne se citent pas l'un pour l'autre et se plaident devant des juridictions différentes. Le guide de l'OFSP, rédigé avec l'ASLOCA, l'APF et le SVIT, fixe la marche à suivre : le locataire signale sans délai l'humidité ou les moisissures, et le bailleur ou le gérant est dès lors responsable de la suite des investigationsGuide OFSP (avec ASLOCA, APF, SVIT) : le locataire signale immédiatement humidité et moisissures ; « le bailleur ou le gérant est, dès lors, responsable de la suite des investigations ».Office fédéral de la santé publique (OFSP) — Attention aux moisissures — Un guide sur les problèmes d'humidité et de moisissures dans les locaux d'habitation2023-08 · consulté le 2026-10-01.
Étape 1
Relevé terrain : observation et mesures
Localisation précise des zones de moisissures ; température et humidité relative mesurées à la surface des zones affectées, pas au centre de la pièce ; état du système de ventilation en place.
Étape 2
Thermographie infrarouge en période froide — à confier à un prestataire spécialisé
Débits réels mesurés puis comparés aux débits de référence — SIA 382/1:2025 « Ventilation mécanique dans les bâtiments »Boutique SIA : norme SIA 382/1 « Ventilation mécanique dans les bâtiments — bases et exigences », édition 2025, en vigueur depuis le 1er février 2025.Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) — Norme SIA 382/1:2025 — Ventilation mécanique dans les bâtiments : bases et exigences2025 · consulté le 2026-09-02 et SIA 382/5:2021 pour les habitations en Suisse, NF DTU 68.3 en France ; absence de VMC documentée. Date du changement de fenêtres contre date d'apparition des moisissures : la chronologie se documente.
Étape 4
Rapport et plan de mesures
Causes identifiées, zones à risque quantifiées, plan de mesures hiérarchisé : quelle intervention d'abord, à quel coût, avec quelles subventions (à Genève, les mesures M-01 à M-18 et IP-04 à IP-19 du barème GEnergieLe catalogue GEnergie liste les mesures sous les codes M-01 à M-18 et IP-04 à IP-19 ; M-01 isolation de la façade, du toit, des murs et du sol contre terre, de CHF 80.– à 140.–/m².GEnergie / Office cantonal de l'énergie (OCEN), Genève — GEnergie — Les mesures subventionnées (M-01 à M-18, IP-04 à IP-19)2026 · consulté le 2026-09-02, instruites par l'OCEN). Ce document sert de base en cas de litige.
Pourquoi faire appel à un tiers qualifié
Un diagnostic conduit par un acteur indépendant — ni le propriétaire, ni le locataire, ni l'entreprise qui a posé les fenêtres — écarte le conflit d'intérêt et ramène le différend à un débat de faits. NRG positive n'effectue pas ce diagnostic. Nous vous apportons un conseil : lecture des rapports établis par les prestataires spécialisés, arbitrage entre les standards que vise votre projet, ordre des interventions.
06 — Questions clés
Ce que propriétaires et régies demandent
Un locataire signale des moisissures après notre remplacement de fenêtres. Qui est responsable ?
Deux questions décident : le bâtiment était-il conforme à la SIA 180:2014 avant les travaux, et la suppression de la ventilation parasite a-t-elle été compensée ? Si les ponts thermiques existaient et qu'aucune ventilation contrôlée n'a été mise en place, la causalité est du côté du bâtiment. Une lecture par un tiers qualifié est la première étape — avant toute réponse aux locataires.
Comment distinguer un problème de bâtiment d'un problème de comportement ?
Plusieurs indices orientent : les moisissures localisées dans les angles, autour des fenêtres ou derrière les meubles (zones de ponts thermiques) font penser à un problème de bâtiment. Des moisissures présentes dans plusieurs logements du même immeuble orientent vers une cause liée au bâtiment. La thermographie infrarouge et la mesure de la température de surface dans les zones affectées, confiées à un prestataire spécialisé, donnent des éléments mesurés.
Notre façade est classée. L'ITI est-elle une solution viable ?
Oui, si elle est conçue correctement — c'est l'objet du dossier isolation intérieure. Le point de vigilance propre aux moisissures : l'ITI ne supprime pas les ponts thermiques structurels (nez de dalle, colonnes), et elle ne remplace pas le renouvellement d'air, même si elle améliore la paroi courante. Les deux interventions se coordonnent.
Doit-on installer une VMC systématiquement lors d'un changement de fenêtres ?
À Genève, l'art. 12G REn renvoie aux normes SIA 180:2014, SIA 382/1:2025 et SIA 382/5:2021 (al. 1) et veut qu'un concept de ventilation établi selon la SIA 180:2014 soit joint à la requête en autorisation de construire (al. 5)REn art. 12G al. 1 : normes SIA 180 éd. 2014, SIA 382/1 éd. 2025, SIA 382/5 éd. 2021 et SIA 382.715 éd. 2017 ; al. 5 : concept de ventilation selon SIA 180:2014 joint au dossier de requête en autorisation de construire.République et canton de Genève — rsGE L 2 30.01 — Règlement d'application de la loi sur l'énergie (REn), art. 12E et 12Gconsulté le 2026-10-01. Pour un remplacement de menuiseries mené sans requête, nous n'y avons pas trouvé d'obligation d'installer une VMC ; ailleurs, la question se pose au service cantonal de l'énergie. La SIA 180:2014 consacre son ch. 3.2 au concept de ventilation, et la commission de la norme précise que la ventilation — naturelle ou mécanique — doit toujours être contrôléeFAQ SIA 180 (2017), C2, ch. 3.2.1 : « Dans un concept de ventilation correct, la ventilation doit être toujours contrôlée. Tant la ventilation naturelle que la ventilation mécanique peuvent et doivent être contrôlées ».SIA — commission de normalisation SIA 180 — Norme SIA 180:2014 — Questions fréquentes et réponses, édition 06-2017 (copie Internet Archive du 23.10.2019 ; le document n'est plus servi par sia.ch)2017-06 · consulté le 2026-10-01. L'Office fédéral allemand de l'environnement recommande, lui, d'établir un concept de ventilation lors de la pose de fenêtres neuves étanchesUBA, § 3.2.1 : « Aus diesem Grund wird beim Einbau neuer dichter Fenster die Erstellung eines Lüftungskonzeptes empfohlen » — un concept de ventilation est recommandé à la pose de fenêtres neuves étanches.Umweltbundesamt (UBA), Innenraumlufthygiene-Kommission — Allemagne — Leitfaden zur Vorbeugung, Erfassung und Sanierung von Schimmelbefall in Gebäuden (Stand April 2024)2024-04 · consulté le 2026-10-01.
Peut-on conseiller aux occupants d'ouvrir les fenêtres pour résoudre le problème ?
L'aération évacue effectivement de la vapeur et réduit le risque à court terme : l'OFSP recommande d'aérer en faisant des courants d'air au moins trois fois par jour, toutes fenêtres et portes ouvertesGuide OFSP : aérer « au moins trois fois par jour […] pendant cinq à dix minutes » ; « dans les vieux bâtiments avec des fenêtres neuves et une mauvaise isolation thermique, il faut aérer plus fréquemment ».Office fédéral de la santé publique (OFSP) — Attention aux moisissures — Un guide sur les problèmes d'humidité et de moisissures dans les locaux d'habitation2023-08 · consulté le 2026-10-01, cinq à dix minutes. Deux limites : l'OFSP demande lui-même d'aérer plus souvent dans les bâtiments anciens à fenêtres neuves et mal isolés, et sur un angle à 6 °C la condensation commence dès 40 % d'humidité relative dans un air à 20 °C. Le conseil accompagne un diagnostic, il ne le remplace pas.
À retenir
Ce qu'il faut retenir, et dans quel ordre agir
Mesurez avant de conclure. Températures de surface au contact, humidité relevée dans la durée, thermographie par temps froid, confiée à un prestataire spécialisé — pas une lecture au milieu du salon.
Rétablissez d'abord un renouvellement d'air. C'est ce que le changement de fenêtres a supprimé, et ce levier agit sur toutes les pièces à la fois.
Corrigez ensuite les surfaces froides. Embrasures, angles de façade, nez de dalle : ce sont elles qui fixent le seuil au-delà duquel l'humidité condense.
Ne posez pas d'isolation intérieure sans vérification hygrique de la paroi. La WTA 6-4 la juge indispensable ; faites-la réaliser par un bureau spécialisé.
Écrivez ce que vous demandez aux occupants, et donnez-leur les moyens de le tenir. Une consigne d'aération sans ventilation qui fonctionne repose sur leur seule discipline.
Datez et conservez le diagnostic. En cas de litige, il documente l'état du bâtiment au moment des faits.
GenèveREn art. 12E (SIA 180:2014 obligatoire), art. 12G (ventilation et récupération de chaleur), RCI art. 56A (fenêtres existantes dès U ≥ 3,0 W/(m²·K)). Le seul remplacement de fenêtres n'ouvre aucune subvention.
SuisseLa SIA 180:2014 est la norme de référence ; le renvoi de chaque règlement cantonal se vérifie canton par canton. La classe d'enveloppe du CECB situe le niveau d'isolation, pas le risque d'humidité.
France voisineLe décret « logement décent » du 30 janvier 2002 exige une aération suffisante et une évacuation de l'humidité à la mesure d'une occupation normale. Le DPE, lui, n'est pas un diagnostic d'humidité.
Sources et références (36)
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