Le PHPP produit un bilan énergétique annuel du bâtiment. Savoir le lire sans l'avoir calculé — comprendre les postes, vérifier la cohérence des hypothèses, distinguer le critère annuel du critère de puissance — est une compétence distincte de sa production. Ce dossier s'adresse aux maîtres d'ouvrage, architectes et AMO qui reçoivent un calcul PHPP et doivent en évaluer la robustesse.
Le PHPP (Passive House Planning Package) est un classeur Excel développé par le Passive House Institute (PHI, Darmstadt). Sa feuille centrale produit un bilan énergétique mensuel : pertes thermiques du bâtiment d'un côté, gains disponibles de l'autre. La différence — quand les pertes dépassent les gains — constitue le besoin de chaleur. Comprendre la structure du bilan ne demande pas de savoir manipuler le fichier, mais de comprendre les quatre postes qui le composent.
Les pertes par transmission (QT) regroupent les déperditions par conduction à travers toutes les surfaces de l'enveloppe — murs opaques, toiture, plancher bas, fenêtres et portes. Les ponts thermiques (coefficients linéiques Ψ) s'ajoutent à ces pertes de surface. Dans un bâtiment passif bien conçu, leur contribution doit rester marginale ; dans un bâtiment ordinaire, ils représentent couramment 10 à 20 % des pertes totales.
Les pertes par ventilation (QV) couvrent les calories emportées par l'air renouvelé. Dans un bâtiment passif équipé d'une VMC double flux (rendement de récupération de chaleur ≥ 75 % selon les critères PHI), ces pertes sont considérablement atténuées. La qualité du récupérateur et l'étanchéité à l'air de l'enveloppe (n50 ≤ 0,6 h⁻¹ pour la certification PHI) déterminent directement ce poste.
Les gains solaires (Qs) correspondent à l'énergie thermique apportée par le rayonnement solaire traversant les vitrages. Leur calcul dépend de l'orientation des fenêtres, de leur surface, du facteur solaire du vitrage (g) et des masques éventuels — bâtiments voisins, débords de toiture, végétation, protections solaires mobiles. Un bâtiment passif bien orienté peut tirer 20 à 40 % de son besoin de chauffage des seuls apports solaires passifs en saison froide.
Les gains internes (Qi) regroupent la chaleur produite à l'intérieur : occupants, électroménager, éclairage, équipements. Le PHPP applique des valeurs forfaitaires standardisées par le PHI (2,1 W/m² pour les logements). Ces valeurs peuvent être ajustées pour des usages spécifiques.
| Poste du bilan | Nature | Principaux paramètres d'entrée |
|---|---|---|
| QT — Transmission | Pertes | Valeurs U · Surfaces · Coefficients Ψ (ponts thermiques) · Données météo |
| QV — Ventilation | Pertes | Débit d'air neuf · Rendement récupération chaleur · n50 |
| Qs — Solaires | Gains | Orientation · Surface vitrages · Facteur solaire g · Masques · Ensoleillement météo |
| Qi — Internes | Gains | Forfait PHI 2,1 W/m² (logement) ou valeur adaptée à l'usage |
| QH — Besoin de chaleur | Résultat | Somme annuelle des mois déficitaires / TFA PHPP → kWh/(m²·a) |
Source : PHI — Passive House Planning Package, critères 2016+. Valeurs vérifiées passivehouse.com, juin 2026.
Un bâtiment certifié PHI Classic doit satisfaire simultanément deux critères indépendants. Les confondre ou n'en vérifier qu'un seul est l'erreur la plus fréquente dans la lecture d'un bilan.
Depuis 2016, le PHI a introduit trois niveaux de certification. Le critère de 15 kWh/(m²·a) s'applique aux trois, mais ils se distinguent par leur exigence en énergie primaire renouvelable (PER) et, pour les niveaux supérieurs, par une production photovoltaïque minimale.
| Niveau PHI | Besoin chaleur | Charge chauffage | PER max | PV min (empreinte) |
|---|---|---|---|---|
| Classic | ≤ 15 kWh/(m²·a) | ≤ 10 W/m² | ≤ 60 kWh/(m²·a) | — |
| Plus | ≤ 15 kWh/(m²·a) | ≤ 10 W/m² | ≤ 45 kWh/(m²·a) | ≥ 60 kWh/(m²·a) |
| Premium | ≤ 15 kWh/(m²·a) | ≤ 10 W/m² | ≤ 30 kWh/(m²·a) | ≥ 120 kWh/(m²·a) |
| EnerPHit (rénovation) | ≤ 25 kWh/(m²·a) | ≤ 10 W/m² | ≤ 75 kWh/(m²·a) | — |
Source : PHI Criteria 2016+. Vérifiés passivehouse.com et passipedia.org, juin 2026. EnerPHit : méthode énergétique, climat tempéré frais. Le critère ≤ 10 W/m² s'applique également à EnerPHit en méthode énergétique.
La comparaison directe d'un résultat PHPP avec les valeurs normatives suisses (SIA 380/1, CECB, IDC) ou les critères genevois (HPE/THPE) n'est pas immédiate. Les deux systèmes n'utilisent pas la même surface de référence — et cet écart est systématiquement sous-estimé.
Pour un même bâtiment, la TFA PHPP est typiquement 10 à 20 % inférieure à la SRE SIA 416. Cet écart n'est pas fixe — il dépend de la géométrie du bâtiment, de l'épaisseur des parois et du rapport surface nette / surface brute.
Un bilan PHPP est aussi fiable que ses données d'entrée. Il est possible d'atteindre les 15 kWh/(m²·a) dans le fichier tout en produisant un bâtiment qui n'y parvient pas sur le terrain — si certaines hypothèses sont optimistes ou incohérentes avec les détails constructifs. Les points suivants permettent un contrôle sans être calculateur.
La TFA PHPP et la SRE SIA 416 doivent figurer dans le rapport. Vérifiez que la SRE correspond aux plans d'exécution — pas à une estimation préliminaire. Une SRE erronée fausse tous les indicateurs en aval : IDC, CECB, HPE.
Le PHPP calcule à partir d'un fichier de données climatiques. Un fichier standard Genève-Cointrin ne convient pas à un projet en altitude dans le Jura ou en fond de vallée ombragé. Demandez quel fichier météo a été utilisé et s'il correspond à l'exposition réelle du site.
Les ponts thermiques (liaisons murs-dalle, tableaux de fenêtres, acrotères, pénétrations) doivent être inclus sous forme de coefficients linéiques Ψ. S'ils sont absents ou nuls, le calcul est optimiste. Pour une certification PHI, ils doivent être calculés par logiciel ou justifiés par des valeurs PHI certifiées.
Les gains solaires dépendent des masques — horizon, bâtiments voisins, débords de toiture, loggias, protections solaires mobiles. Un calcul sans masques surestime les apports en hiver. Vérifiez que l'environnement immédiat du bâtiment a été intégré dans le calcul.
Le rendement thermique de l'échangeur doit correspondre à un appareil certifié PHI ou à des valeurs mesurées. Certains fabricants indiquent des rendements en conditions de laboratoire qui ne correspondent pas à la valeur PHI utilisée dans le calcul. Demandez la fiche de l'appareil et la valeur PHI modélisée.
L'objectif PHI est n50 ≤ 0,6 h⁻¹, mais c'est une valeur mesurée à la fin du chantier, pas une certitude en phase projet. Vérifiez que le dossier d'appel d'offre contient un plan d'étanchéité à l'air formalisé, une procédure de test intermédiaire en cours de chantier, et que les entreprises ont contractuellement accepté l'objectif.
Un bilan à 14,8 kWh/(m²·a) pour un critère à 15 kWh/(m²·a) est à risque. Les incertitudes de construction, les tolérances de mesure BlowerDoor, les variantes météo d'une année sur l'autre — tout cela peut faire basculer un projet limite hors certification. Une marge de 1 à 2 kWh/(m²·a) est raisonnable. Sous 1 kWh/(m²·a), questionnez les hypothèses les plus favorables du calcul.
Le PHPP est un outil international. Son interprétation dans le contexte réglementaire local — labels, subventions, obligations légales — diffère selon le marché. Les trois zones de travail NRG positive ont des cadres distincts.
Le PHPP n'est pas l'outil réglementaire genevois — la SIA 380/1 l'est. Les labels HPE (minimum légal pour tout bâtiment neuf privé, LEn art. 15 al. 1) et THPE (minimum légal pour bâtiments publics/fondations, LEn art. 16 al. 1) s'appuient sur SIA 380/1 avec SRE. Un résultat PHPP favorable doit être complété par un calcul SIA 380/1 pour les démarches HPE, THPE ou Minergie auprès de l'OCEN. Le bonus COS (LCI art. 59 : +2,5 % HPE, +5 % THPE) s'applique aussi aux rénovations atteignant ces niveaux.
Minergie (toutes variantes) utilise SIA 380/1. La certification PHI et Minergie-P sont proches techniquement — un bâtiment passif PHI Classic atteint généralement Minergie-P — mais s'appuient sur des outils différents (PHPP vs logiciels certifiés EnDK). Depuis Minergie 2026.1, les combustibles fossiles sont interdits pour tous les labels Minergie, et une couverture PV minimale de la surface de toiture disponible est exigée (60 % en neuf, 30 % en rénovation, sur la base de 200 W/m² de toiture). Le facteur d'énergie primaire de l'électricité suisse est fp = 2,0 kWh EP/kWh EF (facteurs de pondération nationaux OFEN/EnDK, 2016 ; la norme SIA 2031 concerne le certificat énergétique des bâtiments, pas la pondération de l'énergie primaire).
La RE2020 n'utilise pas le PHPP — elle s'appuie sur la méthode 3CL (Th-BCE) avec les indicateurs Bbio, Cep,nr, DH et les indicateurs carbone (Ic construction, Ic énergie). Le PHPP est utilisé en parallèle par les porteurs de projets visant une double certification PHI + RE2020. Le facteur d'énergie primaire de l'électricité française est fp = 2,3 kWh EP/kWh EF (RE2020) — plus élevé qu'en Suisse, ce qui pénalise davantage les systèmes tout-électrique dans le calcul français.
Un bilan PHPP est-il obligatoire pour obtenir Minergie-P à Genève ?
Non. Minergie-P s'appuie sur la SIA 380/1, calculée avec un logiciel certifié EnDK — pas sur le PHPP. Un bâtiment peut être certifié Minergie-P sans aucun calcul PHPP. Beaucoup de porteurs de projets ambitieux font les deux : le PHPP pour la certification PHI internationale, SIA 380/1 pour Minergie. Les deux démarches sont indépendantes et se complètent.
Le PHPP montre 14,5 kWh/(m²·a) mais Minergie-P n'est pas atteint avec SIA 380/1 — est-ce possible ?
Oui, et c'est principalement dû aux différences de surface de référence (TFA vs SRE) et de méthode de calcul. La SIA 380/1 et le PHPP ne produisent pas les mêmes résultats même pour un bâtiment identique. Si le PHPP est favorable mais la SIA 380/1 ne valide pas Minergie-P, c'est souvent une question d'hypothèses de systèmes (chauffage, ECS, ventilation) ou de facteur d'énergie primaire, qui divergent entre les deux méthodes.
Comment savoir si le n50 modélisé sera réellement atteint sur le chantier ?
On ne peut pas le savoir avec certitude avant la mesure BlowerDoor finale. Ce qu'on peut faire : vérifier que le dossier d'appel d'offre comporte un plan d'étanchéité à l'air formalisé (couche barrière identifiée dans chaque détail, points singuliers traités), qu'une mesure intermédiaire est prévue avant fermeture des finitions intérieures, et que les entreprises ont contractuellement accepté l'objectif. Sans ces garanties, la valeur n50 dans le PHPP est un vœu pieux.
Peut-on viser EnerPHit sur un immeuble genevois soumis à l'IDC ?
Oui, et c'est souvent la cible la plus adaptée pour une rénovation ambitieuse. EnerPHit (≤ 25 kWh/(m²·a) TFA) est compatible avec une double labellisation HPE Minergie® Rénovation, puisqu'un bâtiment EnerPHit dépasse largement les critères Minergie Rénovation. Côté IDC : un immeuble rénové au niveau EnerPHit descendra bien en dessous du seuil de 125 kWh/(m²·an) (450 MJ/m²·an) — l'obligation réglementaire est largement satisfaite. L'investissement supplémentaire se justifie souvent par les subventions SIG, le Programme Bâtiments et le bonus COS HPE/THPE (LCI art. 59).
Le PHPP peut-il être utilisé pour justifier une dérogation auprès de l'OCEN ?
Non directement. L'OCEN travaille avec les outils réglementaires suisses (SIA 380/1, CECB, IDC). Un calcul PHPP peut étayer une démarche technique et démontrer la qualité d'un projet, mais il ne remplace pas les pièces réglementaires requises. Pour toute interaction formelle avec l'OCEN, un rapport SIA 380/1 par un expert CECB+ habilité reste le document de référence.
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