Dans un bâtiment passif, le chauffage est ramené à ≤ 15 kWh/(m²·a). Ce qui semblait secondaire — l'eau chaude sanitaire, la VMC, les équipements — devient soudainement le premier poste à traiter. Ce dossier couvre les quatre leviers : ECS thermodynamique, efficacité électrique de la VMC double flux, photovoltaïque en autoconsommation et monitoring simple.
Dans un bâtiment résidentiel standard des années 1980–2000, le chauffage représente 50 à 70 % de l'énergie finale. L'eau chaude sanitaire, la VMC et les appareils passent au second plan. En construction passive, cette hiérarchie s'inverse : le besoin de chaleur tombe à 15 kWh/(m²·a) ou moins, tandis que la consommation électrique spécifique — non traitée avec la même rigueur — reste à un niveau similaire à celui d'un bâtiment ordinaire.
Traiter l'électricité spécifique dès la phase de programme — avant de fixer les équipements — permet d'agir sur trois leviers complémentaires : réduire la consommation ECS (thermodynamique), maîtriser la consommation VMC (SFP), et couvrir le solde par de la production photovoltaïque. C'est la logique des niveaux Passivhaus Plus, Passivhaus Premium et Minergie-A.
L'ECS représente 40 à 60 % de l'électricité résiduelle d'un logement passif. Passer d'une résistance électrique (COP = 1) à un chauffe-eau thermodynamique (COP 2,5–4,0) divise la consommation annuelle par deux à quatre. C'est le premier levier à actionner.
Un chauffe-eau thermodynamique est une pompe à chaleur qui prélève de l'énergie dans l'air ambiant pour chauffer l'eau sanitaire. Pour 1 kWh électrique consommé, il produit 2,5 à 4 kWh de chaleur. Ce ratio — le COP — dépend directement de la température de l'air source au point d'installation.
| Placement | T° air source (hiver) | COP indicatif | Remarque |
|---|---|---|---|
| Local technique chauffé (15–20°C) | 15–20°C | 3,5–4,0 | Placement optimal — à privilégier |
| Sur air extrait de la VMC (19–22°C) | 19–22°C | 3,5–4,0 | Intégration VMC dédiée requise — voir §03 |
| Local non chauffé (cave, garage) | 5–12°C | 2,5–3,0 | Performances hivernales dégradées |
| Résistance électrique seule | — | 1,0 | À éviter dans tout projet passif |
COP indicatifs pour chauffe-eau thermodynamiques split ou monobloc avec eau chaude à 55°C. Vérifier les fiches techniques des équipements retenus.
Le règlement Minergie 2026.1 interdit les combustibles fossiles pour tous les labels depuis le 1er janvier 2026. Le chauffe-eau thermodynamique est donc la solution de référence pour l'ECS dans tout projet visant un label Minergie — et par extension pour tout bâtiment HPE ou THPE à Genève, ces labels étant équivalents à Minergie et Minergie-P/A (LEn GE, REn art. 12B–12C, vérifiés juin 2026).
La VMC double flux récupère la chaleur de l'air extrait (≥ 75 % selon PHI) — mais elle consomme elle-même de l'électricité pour souffler et aspirer. Cette consommation spécifique, exprimée en Wh par m³ d'air déplacé (SFP — Specific Fan Power), est un critère de certification souvent sous-estimé à l'étude.
La formule est directe :
Passivhaus Classic ne requiert pas de production PV. Dès le niveau Plus, la production électrique renouvelable devient une exigence — et Minergie-A pousse la logique jusqu'à l'autoconsommation totale des besoins annuels.
Minergie-A adopte une logique de bilan annuel : la production PV doit couvrir 100 % des besoins énergétiques annuels du bâtiment. La puissance installée minimale est 10 Wp/m²SRE, mais c'est le bilan production/consommation qui est le critère déterminant. Le monitoring est obligatoire pour tous les bâtiments Minergie-A, sans seuil de SRE. Source : minergie.ch, Règlement 2026.1, vérifié juin 2026.
Un bâtiment passif sans monitoring, c'est un bilan théorique sans retour d'usage. Le monitoring permet de détecter une dérive — chauffe-eau défaillant, VMC en mode dégradé, sur-ventilation nocturne — avant que la facture d'électricité ne la révèle. Ce n'est pas un gadget : c'est l'outil de pilotage post-livraison.
| Label | Obligation monitoring | Condition | Source |
|---|---|---|---|
| Minergie (standard) | Requis | SRE > 1 000 m² | Règl. 2026.1 · juin 2026 |
| Minergie-P | Requis | SRE > 1 000 m² | Règl. 2026.1 · juin 2026 |
| Minergie-A | Requis | Tous bâtiments (sans seuil SRE) | Règl. 2026.1 · juin 2026 |
| Passivhaus (PHI) | Non imposé | — | passivehouse.com · juin 2026 |
Pour un bâtiment résidentiel passif, un sous-comptage simple et exploitable comprend :
Le monitoring se décide en phase de programme ou au plus tard en avant-projet — jamais à la fin du chantier. Les câblages, fourreaux et emplacements des compteurs doivent figurer dans le dossier d'exécution électricité. Réintégrer un sous-comptage après livraison est coûteux et souvent partiel.
Les exigences qui touchent directement l'électricité spécifique — ECS, PV, monitoring — diffèrent selon le contexte géographique et le label visé.
HPE (obligatoire tout neuf privé, LEn art. 15) : équivalent Minergie® — fossiles interdits, ECS non fossile obligatoire.
THPE (obligatoire bâtiments publics/fondations, LEn art. 16) : équivalent Minergie®-P ou -A — couverture photovoltaïque de la toiture disponible si Minergie-A.
Bonus COS (LCI art. 59) : HPE → 27,5 %, THPE → 30 % (vs 25 % standard).
SIG éco21 : aides sur chauffe-eau thermodynamique, PV, VMC DF — montants à jour sur sig-ge.ch.
LEn L 2 30, REn L 2 30.01, LCI L 5 05 — vérifiés sur ge.ch/DGT, juin 2026
Fossiles interdits tous labels depuis 01/01/2026.
PV min. : 60 % de la toiture disponible en neuf, 30 % en rénovation (base 200 W/m² de toiture) / autoconsommation 100 % (Minergie-A).
Monitoring : obligatoire SRE > 1 000 m² / tous bâtiments Minergie-A.
fp élec. = 2,0 kWh EP/kWh EF (facteurs de pondération nationaux OFEN/EnDK, 2016 — la SIA 2031 porte sur le certificat énergétique des bâtiments, pas sur la pondération de l'énergie primaire).
VMC : SIA 382/1:2025 (norme en vigueur depuis 2025).
minergie.ch, Règlement 2026.1 — vérifié juin 2026
fp élec. = 2,3 kWh EP/kWh EF — pénalise plus l'électricité qu'en Suisse. ECS à résistance très pénalisée dans le calcul Cep,nr.
VMC : SFP intégré dans le calcul Cep,nr — un SFP élevé dégrade directement la conformité RE2020.
Bbio : le bioclimatique et la compacité comptent avant le SFP.
MaPrimeRénov' : chauffe-eau thermodynamique éligible (profils Bleu/Jaune/Violet — profil Rose exclu depuis 01/01/2026).
RE2020, décret 2026-200 — vérifiés juin 2026. Seuils généraux logements inchangés.
COP 2,5 ou COP 4 — quelle différence sur la facture annuelle ?
Sur un appartement de 80 m² avec un besoin ECS de 2 000 kWh thermiques/an : un COP de 2,5 donne 800 kWh élec./an, contre 500 kWh/an avec un COP de 4,0. Soit 300 kWh/an d'écart — environ 80–90 CHF/an à 0,28 CHF/kWh. Sur la durée de vie de l'appareil (15–20 ans), l'écart est significatif. Plus important pour la conception : un COP de 2,5 à la place de 4,0 augmente de 60 % la consommation ECS. Sur un bilan PHPP ou un calcul Minergie-A, cela peut faire basculer un projet.
Combien de m² de PV pour atteindre Passivhaus Plus sur une maison individuelle ?
L'exigence est ≥ 60 kWh par m² d'emprise au sol (footprint) et par an. Pour une maison de plain-pied avec 100 m² d'emprise : ≥ 6 000 kWh/an. Pour une maison sur 2 niveaux avec 60 m² d'emprise : ≥ 3 600 kWh/an. La surface de panneaux nécessaire dépend du gisement solaire, de l'orientation et de l'inclinaison — à calculer via le SIG Advisor PV ou un ingénieur PV avant de fixer l'objectif de label.
Le monitoring est-il obligatoire pour un immeuble Minergie-P de 800 m²SRE ?
Non — le seuil Minergie-P est SRE > 1 000 m². Un immeuble de 800 m²SRE n'est pas soumis à l'obligation de monitoring pour Minergie ou Minergie-P. Il l'est en revanche si la certification visée est Minergie-A (obligation sans seuil de SRE). Cela dit, mettre en place un sous-comptage minimal (ECS + PV + communs) reste une bonne pratique pour tout projet passif, obligatoire ou non.
Pourquoi le facteur fp = 2,3 en France pénalise-t-il davantage qu'en Suisse (fp = 2,0) ?
En Suisse, 1 kWh d'électricité du réseau équivaut à 2,0 kWh d'énergie primaire (facteurs de pondération nationaux OFEN/EnDK, 2016 — utilisés dans le justificatif énergétique MoPEC ; la SIA 2031 est le cahier technique du certificat énergétique des bâtiments, pas la source de ce facteur). En France (RE2020), le même kWh est comptabilisé à 2,3 kWh EP. Ce choix reflète une convention sur la valeur de l'énergie primaire dans chaque mix national. Conséquence pratique : pour un projet en France voisine (Ain, Haute-Savoie, Pays de Gex), chaque kWh électrique consommé pèse 15 % plus lourd dans le calcul Cep,nr. La pression pour réduire la consommation ECS et VMC est donc légèrement plus forte côté France.
À quel moment intégrer le bilan électrique prévisionnel dans le processus de projet ?
En phase de programme, au plus tard en avant-projet. Les choix de placement du chauffe-eau thermodynamique, de la centrale VMC, de la surface PV et des points de comptage conditionnent la conception structurelle et les installations. Les réintégrer après le permis de construire est coûteux, souvent partiel, parfois impossible. Un bilan prévisionnel simplifié (ECS + VMC + PV) en phase programme prend quelques heures et oriente toutes les décisions suivantes.
ECS thermodynamique, VMC, PV, monitoring — ces postes se dimensionnent en phase programme, pas après le permis. Un bilan prévisionnel en amont évite les arbitrages de dernière minute. Genève, Suisse romande, France voisine.
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